Il serait fort probable que le monde du combat ultime nous serait plutôt inconnu si ce n’était de la présence de Georges St-Pierre qui a popularisé cette forme de compétition au Canada ainsi qu’aux États-Unis. Connu comme le gentleman de l’UFC (Ultimate Fighting Championship), GSP n’a cessé de mener des luttes plus grandes que lui. À l’intérieur comme à l’extérieur de l’octogone, ses combats ont été nombreux et au-delà des défis et des difficultés, il restera à jamais notre champion national puisque jamais il n’a baissé les bras.

C’est lors de son dernier combat avec Johny Hendricks que Georges a laissé entrevoir une certaine vulnérabilité psychologique. L’intimidation vécue en bas âge était bien connue du public québécois, mais désormais, après un combat difficile, il laissait entrevoir une certaine fragilité.

« J’ai dû prendre un moment de recul après mon combat avec Johny Hendricks, affirme GSP. Je pense que c’était une accumulation d’années de compétition et de pression. J’étais au bord du burn-out. La critique négative commençait à m’atteindre, la compétition devenait lourde, je luttais contre le dopage et tout le monde se fermait les yeux. Bref, j’avais l’impression d’être dans un guet-apens! »

C’est ainsi qu’il a dû s’arrêter, prendre du temps pour relaxer et faire des choses qui le passionnaient. Parmi ses passions : la paléontologie. Cette dernière lui a permis de se déplacer à travers le monde pour visiter de nombreux sites et rencontrer des paléontologues provenant des quatre coins de la planète. Grâce à sa passion en paléontologie, il a même pu participer à l’émission « Bone Yard ».

Malgré cette pause bien méritée et nécessaire pour se refaire psychologiquement, il continue l’entraînement qui est une partie intégrante de son quotidien.
« Pour moi l’entraînement c’est un jeu. J’aime ça, je travaille fort. Les combats sont une source énorme de stress », continue le vétéran du UFC.

Redécouvrir le sens de ses combats

Cette pause l’a aidé à revisiter des motivations profondes et sa quête de justice au sein d’un sport et d’une organisation où le dopage était de l’ordre du « don’t ask, don’t tell ». Il voyait désormais qu’aucune issue n’était possible dans cette lutte contre une organisation plus grande que lui. Il sait aussi toutefois qu’il a su attirer l’attention sur le sujet et qu’il a pu ainsi sensibiliser les gens sur la question du dopage.

Pour notre champion, cette lutte contre le dopage s’insérait dans un continuum. C’est-à-dire que sa vie avait toujours été marquée par des combats tout aussi importants, des luttes que chaque personne est appelée à mener : lutte contre nos propres démons, nos propres peurs, nos propres freins. C’est d’ailleurs très jeune que Georges doit faire face à cette dure réalité et qu’il en tire de grandes leçons pour toute sa vie.

« Jeune, je me faisais battre chaque semaine. Je vivais de l’intimidation. Pour essayer de résoudre le problème, je m’attaquais à des choses sur lesquelles je n’avais aucun contrôle, par exemple mon environnement. J’ai alors compris que je me plaçais moi-même en position de victime. Les arts martiaux m’ont enseigné la confiance. La confiance c’est comme un masque qui cache ta faiblesse. En ayant cette confiance, j’éloignais les intimidateurs », affirme Georges.

Et pour insister sur ce point si important du changement intérieur, il ajoute : « Ce n’était pas un changement hollywoodien, mais un travail psychologique de longue haleine sur moi-même. Dans la nature, les animaux s’en prennent aux plus faibles, à ceux qui manquent de confiance. En trouvant la confiance, nous avons moins de risque de nous retrouver comme victime. »

La peur de regretter ce qu’il n’avait pas fait

Malgré ses réussites et ses victoires, Georges sait très bien qu’il n’est pas parfait. Il sait toutefois que sa plus grande peur est de regretter ce qu’il n’a pas fait. C’est d’ailleurs cette peur du regret qui le fera revenir dans l’octogone suite à son combat contre Hendricks.

« J’avais besoin de revenir, affirme le champion. Je devais faire la paix avec moi-même. Tout mon entourage me disait que ça n’avait pas de sens. Je n’avais pas besoin de l’argent ni du combat, mais je n’étais pas satisfait de la dernière victoire. Je voulais terminer sur une note positive. »

Désormais, il peut donc se retirer en paix, fier de ses accomplissements et surtout en paix avec ses combats, son passé, ses victoires.

Des conseils?

Selon GSP, le secret de la réussite réside dans le fait de ne pas se placer en victime. Il sait que ses obsessions n’ont pas été pour lui un handicap, mais un outil pour sa réussite. Il faut donc savoir utiliser ce que nous sommes à notre avantage.

« Dans mon cas, mon obsession m’a rendu service, continue-t-il. Elle m’a poussé à m’entraîner sans cesse et à devenir le combattant que je suis devenu. Les gens qui ont des problèmes peuvent demander de l’aide. Il ne faut pas avoir peur de recourir à de l’aide médicale. C’est l’ignorance qui nous pousse à ne pas trouver de solutions. »

Un souvenir?

À présent, Georges s’est retiré de la sphère des combats. Il reste et restera à jamais une figure médiatique, mais il refuse de parler et d’aborder les thèmes qui touchent sa vie privée. Les meilleurs stratagèmes journalistiques n’avaient pas le dessus sur le champion qui savait même démasquer ces derniers et retourner les efforts contre son adversaire médiatique : « J’ai une vie privée et je veux la garder privée. »

Pour lui, ce qui compte est de laisser un souvenir positif. Il comptait sur trois points importants et il sait qu’il a été capable de les accomplir.

« Je voulais être le meilleur au monde et j’ai réussi. Je voulais changer l’image du sport, j’ai fait de mon mieux et maintenant ils ont instauré des tests antidopage. Finalement, je voulais me retirer au top, c’est ce que j’ai fait et j’en suis très fier. »

Une retraite paisible

Les combats sont donc terminés pour Georges St-Pierre. Il profite de sa liberté et de la possibilité de s’impliquer avec qui il veut et comme il veut.

« C’est ce que je souhaite pour tous, affirme le jeune retraité. Je souhaite que tous puissent atteindre un degré de liberté qui nous permet ensuite de faire ce qui nous rend heureux. »

Désormais son seul désir est de vivre fidèle à lui-même et à ses principes. « Je ne suis pas religieux, je me pose bien des questions. Je suis plutôt agnostique. Je sais toutefois une chose qui est ma philosophie de vie, il ne faut jamais faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse. Si tu peux faire le bien, fais-le, mais évite de faire le mal. »

Nicola Di Narzo

Nicola Di Narzo

Journaliste

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