Esther Gélineau porte le deuil de son unique enfant. Elle nous livre son témoignage empreint d’amour, de résilience et de colère.

À peine assise devant moi, Esther Gélineau me précise avec émotion qu’elle ne veut pas que l’on retienne que du mal de son fils. « Il était une bonne personne, il était tourné vers les autres et était très dévoué ». Je la rassure, j’ai confiance que les lecteurs sauront faire la part des choses.

 

Pour comprendre l’histoire de William, il faut remonter en 1998. Époque où sa mère quitte son père, mettant ainsi fin au climat de violence que ce dernier leur infligeait. Âgé d’un an et demi, le bambin démontre des signes de traumatismes.  Dès lors, Madame Gélineau fait en vain de nombreux appels afin d’obtenir de l’aide.

 

« Dès sa première année, William est régulièrement expulsé de l’école. En deuxième année, il n’est plus expulsé, mais William passe des heures en retrait dans le corridor. On m’explique que mon fils est trop vite, qu’il finit rapidement le travail et ensuite, il dérange les autres. En troisième année, on me suggère de lui faire sauter son année. Je refuse, émotivement, il n’est pas rendu là. Puis, à l’âge de 8 ans, il est diagnostiqué diabétique de type un. Il ne l’accepte pas et répète souvent qu’il veut mourir. J’ai aussitôt demandé des services en santé mentale jeunesse.

 

Esther Gélineau poursuit son histoire et celle de son fils, inévitablement les deux s’entrecroisent. Son entrée au secondaire s’avère difficile. Intimidé, il devient intimidateur. Il finit par aller de moins en moins à l’école. Il est âgé de 14 ans lorsque des policiers demandent à Madame Gélineau de venir chercher son fils au poste. Désirant que son fils soit encadré, elle fait appel en vain à la DPJ. « L’année suivante, j’apprends que William a été abusé fréquemment alors qu’il était plus jeune et que ces abus ont duré pendant 5 ans. J’ai fait des démarches auprès de la CAVAC afin qu’il puisse obtenir de l’aide psychologique, mais sa demande à été refusée. J’ai alors payé pour, qu’il puisse consulter un professionnel mais j’étais monoparentale et je ne gagnais pas beaucoup d’argent».

 

 

De 16 à 19 ans, William commet une série de méfaits criminels. Conséquemment, William fait plusieurs courts séjours en prison. Parallèlement, il sombre dans la drogue. « Mon fils me disait tout le temps que son mal de vivre était si grand qu’il n’était bien que lorsqu’il était sous l’influence de la drogue ». Entre temps, William est souvent hospitalisé pour son diabète et pour sa surconsommation. En 2017, la copine de William avec qui il est en relation depuis près de 3 ans lui annonce qu’elle est enceinte. Le couple se sépare. Désirant jouer un rôle actif dans la vie de son futur enfant, William multiplie les efforts pour prouver qu’il en est digne. Contre ses attentes, il est exclu de la grossesse et de la naissance de son fils. « Nous avons appris la naissance sur Facebook, plusieurs heures plus tard », précise tristement madame Gélineau.

 

 

Ainsi, la descente aux enfers s’amorce. Rapidement, le jeune homme de 19 ans se retrouve sans domicile fixe. Sa mère le conduit régulièrement à l’hôpital, implorant en vain la mise en place de la loi P38, qui s’applique lorsque l’état mental d’un individu présente un danger pour lui-même ou pour autrui. À bout de souffle, William décide finalement d’entreprendre une cure de désintoxication fermée d’une durée de 6 mois. Un mois et demi après le début du programme, William est agressé sexuellement. Le jeune homme, qui quitte l’établissement et sombre dans un profond désespoir.

En mai 2018, Madame Gélineau demande aux policiers de transporter son fils à l’hôpital, car celui-ci à des propos suicidaires. Puis, les policiers lui mentionnent qu’il sera transféré en prison puisqu’ils ont un mandat d’arrestation contre lui. « En deux semaines, William a été transféré 7 fois! Pendant tous ces déplacements, aucune injection d’insuline ne lui a été administrée ». Il est finalement remis en liberté à Amos. Il a été retrouvé mort peu après dans un logement douteux. Madame Gélineau me montre le rapport d’autopsie. La conclusion du coroner est « M. William Gélineau est décédé des conséquences d’une acidose diabétique volontairement non traitée. Il s’agit d’un suicide par refus volontaire et conscient de traitement ».

 

« Le système l’a abandonné! Pourquoi, est-ce si ardu pour un homme de faire reconnaitre sa paternité? En perdant la possibilité de connaitre son garçon, mon fils a perdu l’espoir de vivre qu’il lui restait. Et moi, en tant que grand-mère, ce petit garçon est tout ce qu’il me reste de mon fils mais je ne peux pas le voir parce que William n’a pas été reconnu comme père. Il n’a pas d’aide pour les hommes en difficultés et pour ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale. Il manque de ressources! Mon fils parlait tout seul, il me textait qu’il voulait mourir, mais, on me répondait qu’il allait bien. Il était sur l’aide sociale, il a fallu que je me batte en appel pour que l’aide sociale paie pour son service funèbre. Je veux dire aux hommes en difficultés comme mon fils; faites votre testament! C’est gratuit si vous êtes sur l’aide sociale. Prenez le temps de dire à vos parents, où vous êtes. Et, tout le monde, prenez le temps de profiter de vos enfants », conclut Madame Gélineau.

 

Mélanie Calvé

Mélanie Calvé

Journaliste

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