Vous avez certainement entendu parler des suggestions au sujet du nouveau guide alimentaire. Les produits laitiers changent de catégorie!

Oui, je sais… je suis aussi de ceux qui ont éclaté de joie à cette nouvelle sortie dans les médias. Je le savais! C’est ça. C’était évident, après tout, les produits laitiers ne sont-ils pas la source de tous nos maux? Patrick Lagacé parlait même de lobby des producteurs laitiers qui influencent les guides alimentaires. Je ne remets pas Patrick en question, au contraire, j’avoue même que j’ai un faible pour son look littéraire.

Qu’il y ait des lobbys, je n’en doute même pas. Que les produits laitiers puissent avoir des effets néfastes sur certaines personnes non plus. Le danger c’est de généraliser et de se perdre dans des modes alimentaires à la hollywoodienne.

Francine Prévost diététiste et propriétaire de la Clinique Diète-Équilib a accepté ma demande d’entrevue. Son enthousiasme et sa passion pour l’alimentation me donnaient faim… bon, j’avoue… mon côté gourmand prend parfois le dessus. Je n’avais jamais appelé de diététiste auparavant, les risques étant trop élevés. Et si je devais me mettre au régime? Si j’obtenais de l’information qui allait habiter ma conscience à chaque bouchée interdite? Je voulais éviter de devoir m’agenouiller au confessionnal des gurus alimentaires.

Ma surprise fut plutôt l’équilibre déstabilisant d’une dame d’expérience qui avec patience m’expliquait les rudiments de la santé et du bien-vivre. En fait, sa voix zen me donnait le goût du brocoli et du jogging!

« Avant tout, c’est important de dire que dans les nouvelles suggestions, il n’est pas question d’enlever les produits laitiers, mais bien de les joindre au groupe des viandes et substituts. Ils sont une importante source de vitamine D et de Calcium », insiste Francine.

Le message risque d’être mal véhiculé

« Il faut faire attention à ne pas totalement bannir les produits laitiers. Actuellement, plusieurs ne satisfont pas leurs besoins en calcium et en vitamine D et doivent donc être supplémentés. Il ne faut donc pas mal interpréter le changement de catégorie. Vous savez, le chou Kale et les amandes, par exemple, ont certainement un apport en calcium, mais quel enfant mangerait du chou au lieu d’un yogourt? D’ailleurs, les amandes sont proscrites dans les écoles et pour avoir l’équivalent de calcium que nous retrouvons dans un verre de lait, il faudrait calculer 2/3 de tasse d’amandes et donc 620 calories. Il devient alors difficile d’intégrer des réalités végétales dans nos pratiques. Les yogourts et fromages sont faciles d’accès pour l’apport en calcium ainsi que pour leur apport en protéines », continue la diététiste.

Le nouveau guide propose beaucoup de points positifs

Moins de viande rouge, plus de protéines végétales, plus de fruits et légumes sont des points très positifs et, même si difficile à intégrer dans nos habitudes, il reste important de les suggérer confirme-t-elle.

Mais le point central restera toujours la philosophie! Oui, la philosophie qui conditionne notre relation avec la nourriture. De fait, le guide alimentaire rappelle l’importance de prendre le temps de cuisiner, de manger dans une bonne ambiance et de ne pas oublier la notion du plaisir.

« Il faut changer notre philosophie face à la nourriture. La réalité c’est que les gens cuisinent moins, et le font moins par plaisir, moins en famille. Aujourd’hui, nous vivons dans le stress et la rapidité. Les activités en soirée coupent souvent nos temps de repas et leur qualité. Bref, il faut retrouver le plaisir de bien manger. C’est d’ailleurs le danger des différentes diètes comme le sans gluten, le paléo, le Kéto… les gens finissent par moins manger par plaisir, ils veulent se joindre à un courant et mangent par obligations » ajoute Francine.

L’Équilibre

Les produits laitiers ne sont donc pas les grands coupables de l’obésité et des problèmes de santé. Ils peuvent faire partie intégrante d’une diète équilibrée tout comme les produits céréaliers et autres. Ne pas en prendre nécessite d’aller puiser les sources de calcium et vitamine D dans d’autres aliments, par exemple le lait de soya, riche en protéine.

« L’exclusion de certains aliments peut avoir des conséquences positives à brève échéance, mais à long terme cela peut être plutôt néfaste. Ces pratiques limitent d’ailleurs notre vie sociale à cause des interdits alimentaires. Dans l’alimentation, il faut absolument garder la notion du plaisir et de la famille », conclut la désormais charmante diététiste.

Après avoir parlé avec elle, je pensais devoir faire un tournant anti-lait et manifester mon allégeance aux brocolis et choux de ce monde, mais je termine l’entrevue avec un désir ardent de fromage… et de pain… menum, menum…

La sagesse ancienne aura décidément tout dit puisque le fameux proverbe d’Hippocrate que je cite de mémoire, réminiscence de mon bac en philosophie, disait : « tout est venin, rien n’est venin. La dose est venin. »

Merci Hippocrate.

Nicola Di Narzo

Nicola Di Narzo

Journaliste

Laisser un commentaire

INSCRIVEZ-VOUS
À NOTRE INFOLETTRE

MERCI POUR VOTRE
ABONNEMENT!