Ces dernières semaines, plusieurs citoyens de Salaberry-de-Valleyfield ont manifesté leurs inquiétudes sur les réseaux sociaux concernant des sans-abris de la région, craignant qu’ils soient retrouvés sans vie dans un avenir rapproché. Les ressources disponibles dans la région sont-elles suffisantes? Qui se soucie de leurs conditions? Que pouvons-nous faire pour les aider? VIVA MÉDIA tente de répondre à ses questions

Claude Théorêt, fondateur de l’organisme Pacte de rue, tient d’abord à rassurer la population : les itinérants sont les moins propices à transmettre la COVID puisqu’ils sont les plus isolés de la société. Ces derniers vivent en marge et n’ont pratiquement aucun contact avec personne. Il souligne également qu’en ce moment, conséquemment aux mesures sanitaires en vigueur, les itinérants n’ont accès à rien, ni même aux toilettes publiques. « Ils ne peuvent même pas entrer à l’intérieur du Mc Do. C’est des conditions exécrables pour eux. Nous ne laisserions même pas un animal dans ces conditions-là. »

 

L’homme qui a consacré les dernières décennies à améliorer la condition des plus vulnérables de notre société est sans équivoque; il serait primordial d’avoir un refuge dans la région. Certes, il y a des ressources de disponibles. Monsieur Théorêt explique que ces ressources sont des projets de réinsertion. Si un itinérant ne désire pas de services, qu’il n’est pas prêt à amorcer des changements ou qu’il est incapable de le faire conséquemment à des problèmes de santé mentale ou de consommation, ces ressources ne s’adressent pas à lui. De plus, ces personnes en situation d’itinérance ont souvent des problèmes de sociabilité, lorsqu’ils reçoivent des offres de services, provenant de ressources ou même de citoyens bien intentionnés, il arrive qu’ils se sentent attaqués. Certains veulent juste la paix, ils veulent simplement vivre leur itinérance sans être importunés.

 

« Il y a deux organismes sur le territoire qui offrent des services d’hébergement de dépannage, mais pour avoir accès à ces services-là en temps normal, il faut être sobre et être motivé à faire une démarche de réinsertion. Lorsque nous avons des gens qui ont des troubles de santé mentale, qu’ils ne prennent pas de médicament depuis 30 ans, qu’ils ont toutes sortes de traumatismes, qu’ils prennent de la drogue de rue, pour eux, rentrer du jour au lendemain dans un centre de réinsertion, c’est difficile. Alors, il faudrait un refuge du style l’Accueil Bonneau, pour les sécuriser. Il faut leur dire que nous les prenons à leur rythme, qu’ils peuvent y venir juste pour manger et dormir. C’est ce qui manque à Valleyfield. Nous travaillons activement avec les Services sociaux et la Ville pour que ça ouvre ici sur le territoire. Nous faisons des pressions chaque fois qu’un citoyen nous appelle pour nous faire part de leurs inquiétudes. C’est une crise humanitaire que nous avons dans la région », mentionne le fondateur de l’organisme voué à la cause de l’itinérance. De plus, il insiste sur l’importance de la mobilisation citoyenne. Selon lui, les citoyens ont le pouvoir de faire évoluer le dossier du refuge en faisant de la pression auprès des administrateurs de la Ville de Salaberry-de-Valleyfield.

 

Le visage de l’itinérance est bien différent

 

« La détresse sociale que la COVID provoque a apporté d’autres problématiques. On voit maintenant des gens que nous ne voyons pas dans la rue. Monsieur qui a perdu son emploi, perdu sa femme et son loyer et qui se ramasse à la rue et qui est honteux de ça. Nous en voyons de plus en plus. Le visage de l’itinérance est très différent à Valleyfield. Certains refusent les services parce qu’ils ont peur d’être pris au piège par le système. Il faut les rassurer. Voilà pourquoi un refuge serait l’approche idéale, cela nous permettrait de travailler à long terme sur leur réinsertion. Pour l’instant, ils ont besoin d’un endroit où ils pourraient aller dormir, aller à la toilette et se laver. »

 

Claude Théorêt insiste sur l’importance de la mobilisation citoyenne pour faire évoluer le dossier du refuge. Il invite également les citoyens qui ont des immeubles ou des bâtissent et qui désirent s’impliquer de communiquer avec le Pacte de rue. Il tient également à rassurer la population qu’une équipe de travailleurs de rue fait quotidiennement un suivi auprès des itinérants afin de s’assurer qu’ils sont toujours en vie, qu’ils sachent qu’il y a des ressources pour eux, et ce, même s’ils les refusent.

 

 

Mélanie Calvé

Mélanie Calvé

Journaliste

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