Retraitée depuis 5 ans, l’ancienne juge Odette Perron a véritablement pavé la voie pour les avocates du district judiciaire de Beauharnois.

La juge à la retraite Odette Perron est une femme inspirante qui a tracé le chemin pour plusieurs juristes. (Photo Pierre Langevin)

Les choses ont bien changé depuis que Mme Perron a commencé la pratique du droit au milieu des années 70. À l’époque, la profession d’avocat était composée par plus de 70 % d’hommes. Dans la région, Mme Perron était la deuxième femme à porter la toge.

« J’ai été chanceuse puisque j’ai eu un père moderne, dit-elle. Mes frères et moi avons tous fait des études. Nous étions égaux. Mon père m’a encouragée. Je souhaitais étudier en histoire et il m’a convaincu de faire mon droit. Il me disait que par la suite, je pourrais toujours faire histoire. Cependant, j’ai tellement aimé le Barreau avec les mises en situation que j’avais trouvé ma voie. »

Lui-même juge, le père de Mme Perron savait que le sentier dans lequel elle faisait ses premiers pas ne serait pas nécessairement facile. Qu’elle devrait tracer sa route et faire ses preuves. « Puisque j’étais la fille d’un juge, je n’avais pas le droit d’avoir un associé. J’étais donc seule pour faire mon chemin. J’ai toujours été respectée par mes confrères, jamais personne n’a tenté de m’écraser. »

Les choses changent

À l’époque où elle est devenue mère, Mme Perron ne pouvait compter sur aucun avantage pécuniaire. Par conséquent, son congé de maternité a été de très courte durée. « J’ai accouché un mercredi et le lundi suivant, j’étais de retour au palais de justice. Je ne pouvais me permettre de prendre un long congé. Premièrement, je n’aurais pas été payée et mes clients devaient être représentés. Lorsqu’un client s’apercevait que j’allais accoucher, il me demandait si j’allais prendre un long congé, car si cela avait été le cas, il aurait confié son dossier à un autre avocat. »

Mme Perron, qui occupe aujourd’hui le titre de présidente de la Fondation du Collège de Valleyfield, insiste sur le fait qu’il est primordial pour les avocates de concilier vie professionnelle et vie familiale.

« Lorsque j’étais juge, je disais parfois à des avocates qu’elles ne devaient pas uniquement travailler. Que ce n’était pas cela la vie. Qu’elles devaient trouver un équilibre. Lorsque j’apprenais qu’une avocate était enceinte, je lui offrais un livre pour enfant en cadeau. J’étais tellement heureuse. En 2020, les statistiques démontraient que la profession d’avocat est composée de 60 % de femmes. »

Toujours active

Femme accomplie et impliquée, Odette Perron est active dans la communauté. D’ailleurs, sans rien dévoiler, elle explique qu’elle a comme projet de faire rayonner le français dans le milieu judiciaire. Fait étonnant, Mme Perron est impliquée auprès de l’équipe de formation linguistique des juges anglophones des autres provinces canadiennes. « Je vois des juges de 50 à 60 ans, qui apprennent une nouvelle langue, c’est merveilleux. J’ai accompagné des juges dans leurs apprentissages dans chacune des provinces canadiennes. »

Les implications professionnelles de la juge à la retraite lui ont mérité un honneur digne de mention en novembre 2016. Mme Perron s’est vu remettre la médaille de l’Association canadienne des juges des cours provinciales.

Lors de la remise de cette distinction, le président de l’Association a souligné, l’importance de la contribution d’Odette Perron à la fonction judiciaire au Canada.
Il a également souligné le fait que Mme Perron a rehaussé la qualité du journal publié par l’Association, où elle a assumé le poste de coéditrice de 2006 à 2014.

Steve Sauvé

Steve Sauvé

Journaliste

Laisser un commentaire