Une enseignante lance un cri du cœur

Pas facile, dans les conditions actuelles, d’être enseignant de nos jours. Photothèque

Depuis quelque temps, on voit de plus en plus s’afficher un groupe nommé Profs en mouvement qui vient justement de publier un manifeste revendiquant plusieurs améliorations des conditions des enseignants, tant du primaire que du secondaire.

Une enseignante d’ici, Claudia Harvey, 30 ans, est enseignante au primaire dans une école de Saint-Zotique. Elle est déléguée syndicale à son école et fait aussi partie du comité des jeunes enseignants. Elle est fière de représenter les enseignants de 35 ans et moins et se fait un devoir de les informer sur leurs droits, même si, de son propre avis, les jeunes sont moins syndicalistes, moins revendicateurs que les plus vieux. « Il n’empêche qu’ils trouvent parfois la tâche lourde et difficile », mentionne spontanément Claudia Harvey.

Dans un monde idéal

Ceci étant dit, l’enseignante indique d’entrée de jeu que les directions d’écoles et la commission scolaire font tout en leur possible pour que les enseignants jouissent des meilleures conditions possible. «Il faut travailler de concert pour améliorer les conditions des enseignants. On s’entend tous là-dessus », dit-elle.

Bien avant les salaires des profs, Claudia Harvey croit que les services spécialisés doivent être augmentés dans les écoles. Il manque cruellement de psychologues, d’ergothérapeutes, de travailleurs sociaux. Cela contribuerait à alléger un peu la tâche des enseignants. « Le nombre d’élèves par classe doit être révisé. Le ratio pour des classes de troisième cycle du primaire est de 26. J’ai déjà eu une classe de 20 élèves et j’ai trouvé cela très bien. Le problème, c’est que sur 26 élèves, il peut y en avoir la moitié qui est en difficultés. Nous manquons de ressources et de temps pour leur venir en aide. Et il faut aussi s’occuper de ceux qui ont un bon cheminement », fait-elle remarquer.

La relève n’est pas là

À la Commission scolaire des Trois-Lacs, il subsiste un grave problème, que d’autres commissions scolaires vivent aussi, d’ailleurs, c’est le recrutement. « On manque de personnel. C’est notre gros cheval de bataille. Il n’y a pas assez d’embauches. Nous devons remplacer nos collègues qui doivent s’absenter. Ce n’est pas facile pour les élèves de voir défiler autant d’enseignants, parfois plusieurs, dans une même journée. Pendant ce temps, nous ne consacrons pas de temps à notre propre classe. Il faut que cela cesse », dénonce Claudia Harvey qui enseigne en 6e année et qui raconte qu’un jour, une même classe a vu défiler pas moins de 15 enseignants.

Pour elle, il est important de valoriser la profession. « Auparavant, l’enseignant était vu comme important, indispensable dans la société. Ce n’est plus le cas. De plus, on envoie des jeunes qui n’ont pas d’expérience dans les classes les plus difficiles alors que cela devrait être le contraire. Moi la première, j’ai failli tout lâcher dans mes premières années. Heureusement, aujourd’hui, cela va bien », révèle-t-elle.

Dans la classe de Claudia Harvey, 80 % des livres ont été payés de sa poche. Une autre situation qui ne tient pas debout. Les écoles manquent cruellement de ressources financières, comme de personnel.

Violence?

Au cours des derniers jours, il a beaucoup été question de la violence dont sont parfois victimes les enseignants tant au primaire qu’au secondaire. « Cela arrive qu’il y ait des épisodes de violence physique et psychologique. En ce qui me concerne, je n’ai pas vécu de violence physique, seulement psychologique et cela, il y en a beaucoup. Les directions d’école se sentent parfois impuissantes face à ce phénomène, elles nous appuient, mais on a l’impression parfois qu’elles ont les mains liées à cause des règles à suivre », explique-t-elle.

L’enseignante croit également que les parents des enfants violents doivent également faire leur bout de chemin.

Finalement, les dernières statistiques rendues publiques à propos du décrochage scolaire chez les garçons ont fait jaser et Claudia Harvey a bien voulu donner son opinion. « Je pense qu’il est vrai que l’école n’est pas adaptée aux garçons. Ils ne sont pas assez stimulés et les profs masculins se font rares, particulièrement au primaire. La majorité des profs sont de femmes. Et puis les gars ont besoin de bouger. Ils aiment l’informatique, les jeux vidéo, mais les budgets des écoles ne permettent pas de suivre la vogue », commente-t-elle.

Finalement, il est faux, selon elle, de prétendre que les enseignants bénéficient de deux mois de vacances par année. Ils ne terminent généralement pas avant le début de juillet et dès la mi-août, ils sont de retour au boulot. Et de plus, ils ne sont pas payés pendant cette période. Avis à ceux qui croient les profs mènent des vies de pacha. « De plus, si les enseignants sont payés pour 32 heures, en fin de compte, ils en font beaucoup plus », précise Claudia Harvey en conclusion.

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