Loi 128 sur les chiens dangereux : Une loi qui oublie la prévention

Le projet de loi 128 visant l’encadrement des chiens dangereux a été adopté à l’Assemblée nationale le 13 juin. Bien que plusieurs spécialistes saluent le retrait de toutes dispositions visant une race de chiens en particulier, un grand manque semble perdurer dans cette loi : la prévention.

La loi 128, adoptée le 13 juin, compte plusieurs articles visant à encadrer les chiens dangereux sur l’ensemble du territoire du Québec.

À la suite de consultations auprès de la communauté scientifique et des spécialistes du milieu canin, le ministère a tranché : aucune race de chiens ne sera bannie ou visée par une règlementation particulière. Ainsi, les chiens de type pitbull (type de chien qui regroupe plusieurs races et/ou croisements entre des races comme le Staffordshire bull-terrier, le bouledogue américain et le bull-terrier) ne peuvent plus faire l’objet de règlement particulier d’interdiction.

Ce revirement de la part du ministère s’explique par le fait qu’il n’existe aucun consensus scientifique permettant d’identifier une race de chiens comme étant potentiellement dangereuse. De plus, plusieurs municipalités du Québec déclaraient ne pas être en mesure d’appliquer un tel bannissement systématique.

Cette décision est saluée par plusieurs acteurs du milieu canin. Michel Lacasse, éducateur canin de Notre-Dame-de-L’Île-Perrot, s’en réjouit. « Le pitbull n’est pas plus dangereux que les autres chiens. Il faut éviter de généraliser et d’apposer ce genre d’étiquettes. Un pitbull avec une bonne génétique, bien socialisé et entraîné avec des méthodes basées sur le renforcement positif a tout pour être un excellent chien de famille à condition de répondre à ses besoins quotidiens. Je crois que le ministre Coiteux a fait preuve d’une belle ouverture en tentant de comprendre la science derrière tout ça », laisse-t-il savoir.

L’éducateur canin entrevoit également de manière positive les nouvelles dispositions visant un meilleur contrôle des éleveurs.

Des questions demeurent

Michel Lacasse demeure toutefois sceptique quant aux nombreuses zones grises qu’il constate dans cette loi.

En effet, il se questionne entre autres sur le processus qui se déclenche lorsqu’un chien mord.

Selon la loi 128, à la suite d’une plainte liée à une morsure, un chien doit être soumis à l’examen d’un médecin vétérinaire afin que son état et sa dangerosité soient évalués. Selon le bilan du médecin vétérinaire, différentes mesures peuvent être prises, allant de la réforme du comportement par le dressage jusqu’à l’euthanasie. L’incident devra obligatoirement être signalé par le médecin vétérinaire, dans le but de l’inscrire à un registre.

Sur ce point, Michel Lacasse se questionne sur le degré de préparation des médecins vétérinaires à effectuer de telles analyses comportementales. « Est-ce que ce sont tous les vétérinaires qui sont à l’aise avec ce type de consultations ? Il y a très peu de vétérinaires spécialisés en comportement canin au Québec », note-t-il.

À titre d’éducateur canin, il passe souvent d’une heure et demie à deux heures, dans le milieu de vie du chien, pour comprendre son comportement, ses réactions et ses signaux d’apaisement. Le rythme de travail des médecins vétérinaires ne leur permet pas toujours ce type d’approche. « Il serait intéressant de miser sur une collaboration entre les médecins vétérinaires et les éducateurs canins pour s’assurer d’une évaluation complète », suggère-t-il.

Michel Lacasse se questionne également sur la suite du processus. « Si un chien est déclaré potentiellement dangereux, comment assurer le suivi par la suite? La loi n’est pas claire sur ce point », lance-t-il.

De façon générale, la loi 128 met beaucoup de pouvoir dans les mains des villes pour la gestion des chiens dangereux. Ce seront entre autres elles qui pourront ordonner l’euthanasie d’un chien qui a mordu. « Est-ce que les Villes sont outillées pour assurer cette gestion? », se questionne l’éducateur canin de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot.


« La loi 128 n’agit qu’une fois le problème d’agressivité détecté. Le public est-il vraiment plus en sécurité ? »
-Michel Lacasse

La prévention absente

Selon Michel Lacasse, la loi 128 est une loi de réaction, qui ne prend pas en considération l’importance de la prévention.

« Il serait vraiment nécessaire d’ajouter un volet d’éducation dans cette loi. Je crois par exemple que les Villes pourraient offrir des ateliers sur le comportement canin ou sur la marche à suivre en cas de morsure dans leur programmation d’activités », suggère-t-il.

Ainsi, plusieurs aspects de cette loi devront être clarifiés dans les prochains mois, alors que les Villes se pencheront sur la réforme de leur règlementation actuelle.

Suite du dossier

Réaction de la présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec : Les médecins vétérinaires croient qu’une campagne d’éducation est essentielle.

Réaction des Villes de Vaudreuil-Soulanges sous interdiction des chiens de type pitbull : Les municipalités devront s’adapter à la loi.

 

 

 

 

 

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Directrice de l'information

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