Infestation de chenilles : mieux comprendre la livrée des forêts

Plusieurs résidents de la région ont noté, ces derniers jours, des amas de chenilles sur les arbres. Comme en témoigne l’entomologiste perrotoise Stéphanie Boucher, cette infestation de livrées des forêts ne doit pas inquiéter outre mesure les citoyens de la région.

Il n’est pas rare, ces jours-ci, de faire une balade dans le quartier et d’apercevoir, agglutinées sur un tronc d’arbre, plusieurs dizaines de chenilles grisâtres et poilues, arborant des taches blanches et de fines stries orangées sur le dos. Il s’agit là d’un insecte indigène de l’Amérique du Nord : la livrée des forêts.

À cette période de l’année, la livrée des forêts est à maturité. Elle atteint donc, fin mai, début juin, sa taille maximale. Voilà une des raisons qui fait en sorte qu’on les remarque davantage ces jours-ci.

Mais là n’est pas la seule raison. En effet, des infestations plus importantes de cette espèce de chenilles surviennent de manière cyclique, tous les 10 ou 11 ans. Ces périodes d’infestations s’étendent environ sur 3 ans. Comme l’explique l’entomologiste Stéphanie Boucher, l’infestation actuelle tire à sa fin. « Si l’on regarde les données des dernières années, il semble que nous soyons actuellement dans la troisième année de la recrudescence de la livrée des forêts. Nous devrions donc en voir moins dans les années à venir », explique-t-elle.

Le comportement de l’insecte

La femelle pond ses oeufs en anneaux autour des branches. PHOTO STÉPHANIE BOUCHER

La livrée des forêts peut aisément être confondue avec sa proche cousine, la livrée d’Amérique. Elles adoptent toutefois des comportements différents. « La livrée d’Amérique présente plutôt une ligne blanche sur le dos. Ce sont ces chenilles qui font des tentes de soie dans les arbres. La livrée des forêts, pour sa part, fait de petits tapis de soie sur les troncs d’arbre. Elles ne font pas de tentes », nuance l’entomologiste.

Voilà qui explique pourquoi ces chenilles s’agglutinent en amas; elles se reposent durant la journée sur le tapis de soie, et s’activent la nuit pour se nourrir de feuilles.

La livrée des forêts s’attaque à plusieurs types d’arbres. On peut la retrouver, par exemple, sur le bouleau ou le chêne, et plusieurs autres espèces très fréquentes dans la région. Elle semble particulièrement friande du peuplier faux-tremble.

La livrée des forêts se transforme en papillon de nuit vers le mois de juillet. Le mâle et la femelle s’accouplent, et la ponte des œufs s’effectue vers le mois d’août. La femelle pond ses œufs en anneau autour des branches d’arbres. Elle peut y pondre de 200 à 300 œufs. Ces derniers resteront sur la branche tout l’hiver, jusqu’à ce que les chenilles éclosent au printemps.

Que faire?

Doit-on s’inquiéter si l’on constate un amas de livrées des forêts sur un arbre de notre propriété? « Évidemment, les chenilles se nourrissent des feuilles des arbres. Alors c’est inévitable : l’arbre touché sera en partie défolié. Mais la grande majorité des arbres s’en remettent très bien. Cet épisode n’arrive qu’une fois par année, donc les dommages sont limités. C’est certain qu’il peut y avoir un impact esthétique », expose Stéphanie Boucher, suggérant qu’il est tout de même sans risque de les tolérer.

La livrée des forêts devient un papillon de nuit commun. PHOTO MFFP

Si vous souhaitez vous débarrasser des chenilles, pour épargner un arbre plus jeune par exemple, plusieurs options responsables s’offrent à vous.

Bien qu’il soit trop tard actuellement, la meilleure méthode de prévention s’avère le retrait des branches touchées par la ponte, à l’automne ou tôt au printemps. En effectuant une observation minutieuse, il est possible d’apercevoir les anneaux brunâtres d’œufs, et de couper la branche touchée.

Sinon, l’entomologiste suggère l’utilisation d’eau savonneuse. Il est aussi possible de les retirer manuellement, puisque la livrée des forêts est sans risque pour les humains ou les animaux de compagnie. En effet, son poil n’est pas urticant.

L’insecticide biologique, Bacillus thuringiensis (BT), est également efficace contre la livrée des forêts.

L’entomologiste insiste sur l’importance de ne pas opter pour des insecticides chimiques, qui pourraient également faire des ravages au sein d’autres populations d’insectes.

« Le mot d’ordre est : patience! Nous allons bientôt venir à bout de cette infestation », conclut la scientifique.

VIVA média remercie Stéphanie Boucher pour sa collaboration au contenu de cet article. En plus d’effectuer du travail de recherche et de mise en valeur au Musée Lyman sur le campus McGill à Sainte-Anne-de-Bellevue, Stéphanie Boucher vulgarise sa passion des insectes via son programme de service d’animation en milieu scolaire, Insectambulant, que l’on peut d’ailleurs suivre sur Facebook.

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Directrice de l'information

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