Agressions sexuelles: Aide insuffisante pour répondre aux demandes

Depuis l’annonce des allégations concernant Éric Salvail et Gilbert Rozon, il y a dix jours, le CALACS La Vigie reçoit de plus en plus d’appels, mais gère difficilement l’explosion des demandes. D’autant plus, que l’organisme ne sait pas s’il bénéficiera d’une aide monétaire en lien avec le 1 M$ promis par le gouvernement du Québec.

« On a essayé de contacter d’autres CALACS pour savoir si elles avaient eu vent de comment ça allait être distribué, mais personne n’est au courant. Tout le monde se pose la question de comment ça sera distribué. C’est supposé d’être une mesure d’urgence pour palier à l’augmentation des demandes, mais admettons que ce n’est pas très urgent comme façon d’y répondre», affirme Karine Gagné du CALACS La Vigie, qui n’est pas surprise que cela soit long.

Quatre employés font leur possible pour répondre aux appels à l’aide, mais étant donné la situation financière de l’organisme elles ne peuvent pas faire plus d’heures et l’organisme ne peut pas engager d’autres intervenantes pour lui donner un coup de main. « On a de plus en plus d’appels. On gère ça comment : difficilement. On doit essayer de répondre à la demande à la mesure de notre capacité. On est seulement quatre intervenantes pour couvrir les trois MRC Beauharnois-Salaberry, Haut-St-Laurent et Vaudreuil-Soulanges», de confirmer Karine Gagné, avouant que la liste d’attente s’allonge.

Aide à la mission globale

Avant même la vague de dénonciations, le CALACS La Vigie avait déjà un manque à gagner. L’organisme avait participé à la manifestation à l’Assemblée nationale, le 27 septembre, organisée par le mouvement Engagez-vous pour le communautaire. Le regroupement revendique une augmentation significative du financement des organismes communautaires, et ce, à la mission globale.

« Le gouvernement finance à la mission globale, un montant qui est récurrent et insuffisant par rapport à ce qu’on a comme besoin. Le besoin qu’on a c’est un rehaussement à la mission globale pour répondre à notre mission de base, qui est sur les trois volets soit la mission de base, mais aussi en prévention. L’un ne va pas sans l’autre. Si l’on ne fait pas de prévention, le problème va toujours rester. Il faut lutter, aussi, pour apporter des changements tant au niveau social que juridique », souligne Karine Gagné, précisant que la situation est la même pour la majorité des organismes communautaires.

Le 25 octobre, le CALACS La Vigie a reçu un courriel l’informant que le gouvernement a refusé le consentement à la motion de la députée et porte-parole de l’opposition en matière de Condition féminine, Catherine Fournier. La motion demandait que « le gouvernement s’engage  à répondre par des mesures concrètes à la vague de dénonciations de violence à caractère sexuel sans précédent qui déferle sur l’ensemble du Québec ». La motion souhaitait que l’Assemblée nationale « reconnaisse le sous-financement des organismes comme les CALACS, CAVAC et nombreux autres jouant un rôle essentiel dans l’accueil, le soutien et l’accompagnement des victimes d’harcèlement ou d’agression sexuelle. Et qu’elle demande au gouvernement de procéder à une hausse significative de leur financement à la mission ».

Financement

Les citoyens pourraient aider le CALACS La Vigie en lui faisant des dons. « On est vraiment à développer, cette année, notre volet autofinancement. Le gouvernement nous demande aussi qu’on aille chercher notre financement ailleurs que chez lui », explique Karine Gagné. Les gens souhaitant faire un don peuvent contacter l’organisme au 450 371-4222 ou lui envoyer un chèque au C.P. 22, Salaberry-de-Valleyfield (Québec), J6S 4V5.

 

Article mis à jour le 30 octobre à 19 h

La ministre réagit

VIVA média s’est entretenu avec Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie ainsi que ministre responsable de la région de la Montérégie concernant ces revendications du CALACS La Vigie.

La Ministre a tenu, d’abord, à remercier l’organisme pour le travail qu’il fait auprès des victimes d’agressions à caractère sexuel. Elle affirme que son Ministère évalue présentement comment le million annoncé sera réparti. « Vous comprendrez que ce n’est pas simple. On est en train de tout évaluer. Ça va être réparti assez rapidement à travers les CALACS, mais aussi quelques autres organismes communautaires. Le million va servir à prendre le surplus des appels, mais c’est certainement pas ça qui va faire en sorte qu’on va donner des services à l’ensemble des victimes », explique Lucie Charlebois, ajoutant que ce montant donnera accès à des statistiques sur ce qui se passe et où rentrent les appels.

Bien qu’elle reconnaisse l’importance des groupes communautaires, la Ministre déplore que la question du financement globale soit ramenée sur le tapis en ce moment de crise. Lucie Charlebois rappelle que son gouvernement a annoncé 80 M$ sur 5 ans, dont 10 M$ ont été déployés cette année. Avec chiffres à l’appui, Lucie Charlebois affirme que la subvention au CALACS La Vigie a été indexée, passant de 253 232 $, en 2013-2014, à 262 991 $, pour 2017-2018.

« Je suis là pour servir la population et aider ces organismes. C’est pour ça qu’on a décidé, avec Hélène David, d’ajouter 1 M$ spécifiquement pour les CALACS et d’autres organismes qui viennent en aide à des personnes qui sont victimes d’actes à caractère sexuel. J’espère qu’ils ne vont pas nous le reprocher », conclut Lucie Charlebois, précisant qu’elle souhaite prendre le temps de parler avec sa consœur Hélène David afin de bien répartir la somme à travers l’ensemble des organismes du Québec. Et, elle affirme que cela ne devrait pas prendre plusieurs semaines.

À propos de l'auteur

Vous aimerez également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PUBLICITÉ