En juin dernier, désirant contrer la pénurie de main-d’œuvre dans les CHSLD, le gouvernement Legault lançait un appel afin de recruter 10 000 préposées. Pour ce faire, une formation accélérée et rémunérée a été mise en place.

VIVA MEDIA a rencontré une préposée diplômée depuis août 2020. Afin d’éviter les répercussions, cette dernière a préféré témoigner anonymement. Natacha (nom fictif) raconte qu’elle a répondu à l’appel du gouvernement espérant apporter un changement dans le quotidien des résidents. Consciente de l’urgence de la situation, elle était prête à apprendre dans un contexte hors-norme. Selon elle, les enseignants ont été transparents quant à ce qui les attendait.

 

Motivée par son amour pour l’être humain et son désir d’apporter son aide, elle a entamé les 3 mois de formation en se questionnant à tous les jours. Elle se demandait si elle serait à la hauteur de la situation. Elle souligne que plus la formation avançait et plus les étudiants comprenaient que les promesses faites par le gouvernement n’étaient pas conformes avec la réalité.

 

Sur le terrain

Aussitôt sa formation terminée, Natacha a débuté son travail sur le terrain dans un CHSLD. D’ailleurs, elle y est toujours à l’heure actuelle. Elle souligne avoir immédiatement perçu le manque d’humanité. « C’est vite, vite, vite faut le faire. Nous ne prenons pas soin des gens, nous les faisons rapidement. Ils ont tellement manqué longtemps d’employés que tout est prévu pour que tout soit fait rapidement sans prendre le temps de rentrer en relation avec les patients. Humainement, je trouve ça difficile », mentionne Natacha.

 

La préposée confie avoir été confrontée à la mort. « Normalement, lorsqu’un résident décède, nous n’avons pas à l’emballer, mais à cause de la COVID, nous devons le faire. J’ai dû mettre dans des sacs plastiques des gens à qui je m’étais attachée et que j’aimais. C’est impossible de prendre soin des résidents sans les aimer ».

 

Les bébés Legault

« Nous n’étions pas les bienvenues. Certaines filles étaient contentes de nous voir sachant qu’on s’en venait les aider et alléger leurs tâches, mais il y a une petite clique, les anciennes qui sont là depuis des dizaines d’années, ne veulent pas de nous. Elles nous appellent les bébés Legault et leur attitude à notre égard est difficile. Ces préposées n’agissent pas ainsi qu’avec nous. Elles le sont avec toutes les nouvelles, même celles qui sont embauchées depuis 5 ans. Elles mentionnent ouvertement qu’elles ont un an à endurer les bébés Legault et qu’ensuite, elles seront débarrassées. Elles dénoncent nos conditions de travail, n’acceptent pas que nous soyons au même stade. Selon elles, nous ne sommes pas des préposées, nous n’avons pas eu les mêmes formations qu’elles, nous ne valons pas autant qu’elles. C’est un contexte de travail difficile. Le syndicat refuse de nous aider, ne désirant pas prendre position pour ne pas créer deux clans entre les préposées.  Nommons les choses ; c’est de l’harcèlement psychologique. Ce ne sont pas toutes les préposées qui sont comme cela, c’est seulement une clique, c’est important de souligner que plusieurs sont gentilles et heureuses de travailler avec nous. C’est dommage à dire, mais cette clique-là est également responsable de l’état psychologique des patients. Elles vont vite et veulent que tout soit fait vite. Elles portent l’urgence des 25 dernières années. Les résidents sont stressés. ».

 

Des départs à prévoir

Selon Natacha, la moitié des préposées nouvellement diplômées attendent que leur contrat se termine pour quitter le milieu. « Le salaire n’a pas été respecté. Certaines filles ont laissé une carrière à 20$ de l’heure pour suivre la formation puisqu’on nous promettait un salaire de 26$ de l’heure. Nous n’allons pas là pour le salaire, mais le salaire est important. Tu nous promets quelque chose, respecte-le. Ce n’est pas respecté de 6$. Il y a des primes qui viennent s’ajouter pour que cela frôle le 26$, mais ensuite, cela sera 20.55$. La frustration qu’il y a dans le milieu est intense. Les filles attendent la fin du contrat pour partir parce que si elles quittent avant, elles devront rembourser une partie de l’argent qui leur a été versé lors de la formation. ».

 

Pour sa part, Natacha ne prévoit pas quitter à la fin de son contrat. Elle désire revoir dans un an la situation et espère continuer plusieurs années. « Je préfère me questionner souvent. Me demander si je suis encore à ma place, si j’arrive à faire un petit changement, si je suis bonne plutôt que prendre mon travail pour acquis », conclut la préposée.

Mélanie Calvé

Mélanie Calvé

Journaliste

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