VIVA-MÉDIA a reçu la lettre ouverte de Emmie Charron , une athlète de gymnastique du programme Alliance Sport-Études . Elle s’entraîne au club Gymini depuis 2011. Cette année, sa deuxième année au CÉGEP et sa dernière année comme athlète, elle s’est vu retirer le droit de s’entraîner depuis janvier. Elle envoie aujourd’hui un cri du cœur au premier ministre Legault afin de retrouver son gymnase et nous voulions vous en faire part.

Club de Gymnastique Gymini

M. le Premier Ministre,

 

Je vous écris aujourd’hui parce que je suis au bout du rouleau. Je vois ma carrière de gymnaste me filer entre les doigts et ne pas pouvoir m’entraîner fait en sorte que ma santé mentale se dégrade petit à petit.

 

Je m’appelle Emmie Charron. J’ai 18 ans et je suis étudiante en sciences de la nature au Cégep Gérald-Godin. Je fais partie de l’Alliance sport-études et je suis une athlète de gymnastique. En fait, je l’étais.

 

Depuis janvier, je n’ai pas le droit de continuer à pratiquer mon sport parce que je ne fais pas partie de la catégorie « excellence »[1]. En gymnastique, il y a huit athlètes de catégorie excellence. Huit. Dans tout le Québec. En temps normal, je m’entraîne plus de 20 h par semaine pour pouvoir performer en compétition et atteindre mes objectifs. J’ai dû travailler extrêmement fort pour me rendre où je suis aujourd’hui.

 

Je n’ai que 18 ans, pourtant il ne reste qu’une année à ma carrière de gymnaste. Un an seulement et cette année est en train de me filer entre les doigts, tout comme mes sacrifices, mes efforts et mes objectifs. Dans un an, j’obtiendrai mon diplôme d’études collégiales. Je ne continuerai pas la gymnastique à l’université. Pourquoi ? Parce que le nombre d’universités qui offrent le programme sport-études et des programmes d’études qui m’intéressent est très limité. En fait, l’Université de Sherbrooke serait ma seule option, mais comme mon club de gymnastique se situe à Vaudreuil-Dorion, la distance rend cette option impossible. C’est donc ma dernière année.

 

Je m’entraînerais, normalement, tous les après-midis, en même temps que les athlètes sport-études du secondaire, mais de tous les athlètes qui s’entraînent normalement en même temps que moi, une seule ne peut pas s’entraîner à cause des mesures sanitaires : moi. Je suis la seule qui n’ait pas le droit de m’entraîner, car je ne suis pas au secondaire.  Je suis inscrite dans un programme sport-études au même titre que les jeunes du secondaire[2], autant que les étudiants-athlètes de catégorie excellence, mais moi, on m’empêche de m’entraîner. Pourtant, je m’entraîne afin d’être de niveau national.

 

Mon sport m’aide à rester mentalement stable et me motive à continuer quand j’ai envie de tout lâcher. Depuis janvier, on m’a enlevé ma motivation et, pourtant, on me demande de continuer.  Ce qui me motive à aller à l’école, c’est la gymnastique. Vous n’avez même pas idée, Monsieur le Premier Ministre, à quel point ça me nuit de ne pas pouvoir m’entraîner. Je suis naturellement anxieuse dans la vie et, quand je suis arrivée au cégep, mon niveau de stress a atteint des sommets.  J’ai l’impression qu’on m’a enlevé la thérapie qui m’aidait tant. Le cégep, c’est difficile. C’est demandant mentalement. Notre sport, c’est notre carburant, c’est notre motivation. C’est ce pour quoi on a tout sacrifié. On en a besoin. Je suis très consciente de la pandémie mondiale qui sévit en ce moment. Je suis allée prêter main-forte dans un CHSLD l’été dernier. Je dois avouer que c’était une des pires expériences de ma vie. Je l’ai fait parce qu’ils avaient besoin de mon aide. Aujourd’hui, M. Legault, c’est moi qui ai besoin d’aide : permettez aux étudiants-athlètes de l’Alliance sport-études de s’entraîner, comme vous l’avez fait pour les athlètes du secondaire.

 

De plus, je ne me considère pas comme un facteur de risque important pour la propagation de la COVID-19. Les athlètes du secondaire ont plus de chances de l’attraper que moi : je suis toujours dans ma chambre, mes cours sont tous virtuels, je ne vois pas mes amis et je suis toujours en train d’étudier. Je vois à peine les membres de mon propre foyer. Il est vrai que je vais à l’école parfois, mais je tiens à préciser que j’y vais une journée aux deux semaines pour faire des laboratoires.  À l’école, tous les étudiants sont à deux mètres et, si ce n’est pas possible, il y a des plexiglas qui nous séparent. Le masque ne peut jamais être retiré et nous portons même des lunettes de protection pendant les laboratoires. Les chances que je sois contaminée par le virus à l’école sont extrêmement minces. Le seul autre endroit où j’irais, ce serait à mon club de gymnastique, pour m’entraîner.

 

Je n’ai pas non plus l’impression d’être un facteur de risque important pour la propagation de la COVID-19 même lorsque je m’entraîne. Pendant nos entraînements, nous nous lavons constamment les mains, nous désinfectons chacun des équipements que nous utilisons et nous maintenons une distance de 2 mètres avec les autres.  Dans mon club, toutes les mesures sanitaires sont respectées. Je m’entraîne dans un endroit extrêmement sécuritaire, bien plus sécuritaire que les centres d’achats, par exemple, qui sont pourtant toujours ouverts.

 

S’il vous plaît, M. Legault, laissez les étudiants-athlètes de l’Alliance sport-études s’entraîner. Nous avons travaillé toute notre vie pour être où nous en sommes aujourd’hui. Nous méritons de finir notre carrière sportive avec dignité … sans regret.

Emmie Charron

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