Ayant reconnu sa culpabilité sur 12 chefs d’accusation pour des gestes à connotation sexuelle, le religieux Jean Pilon, relié au Clerc Saint-Viateur, a été condamné à 42 mois de détention par le juge Bertrand St-Arnaud au palais de justice de Valleyfield le mercredi 28 juillet.

Les faits reprochés à l’homme de 79 ans se sont produits à Rigaud dans les années 80 et 90. À l’époque, Jean Pilon était employé au Collège Bourget à Rigaud. D’ailleurs, les 12 événements pour lesquels il a reconnu sa culpabilité se sont déroulés au Collège alors que ses victimes étaient des étudiants pensionnaires. Fait à souligner, Jean Pilon n’a pas que laissé ses plus bas instincts sur des étudiants. Une étudiante fait aussi partie de ses victimes.

La couronne, représentée par Me Mylène Brown et la défense, représentée par Me Gauthier, ont présenté une suggestion commune au juge St-Arnaud. Celle-ci fait état d’une peine d’incarcération de 42 mois, de son inscription au Registre des délinquants sexuels, et ce à perpétuité et de devoir fournir un échantillon de son ADN pour analyse. Également, Jean Pilon à l’interdiction formelle de la Cour de se trouver dans un parc public ou une zone publique où l’on peut se baigner s’il y a des personnes âgées de moins de seize ans ou s’il est raisonnable de s’attendre à ce qu’il y en ait, une garderie, un terrain d’école, un terrain de jeu ou un centre communautaire. De se trouver à moins de deux kilomètres de toute maison d’habitation où réside habituellement la victime identifiée dans l’ordonnance ou de tout autre lieu mentionné dans l’ordonnance. De chercher, d’accepter ou de garder un emploi, rémunéré ou non, ou un travail bénévole qui le placerait en relation de confiance ou d’autorité vis-à-vis de personnes âgées de moins de seize ans. Finalement, Jean Pilon ne peut avoir des contacts avec une personne âgée de moins de seize ans, à moins de le faire sous la supervision d’une personne que le tribunal estime convenir en l’occurrence.

Des moments émouvants

Prenant la parole à tour de rôle, les victimes du pédophile, dont l’identité ne peut être révélée ont livré des témoignages émouvants.

« L’homme à la toge a volé la vie à plusieurs enfants. Pourquoi m’avez-vous coupé les ailes alors que je n’avais que 14 ans. »

« Après l’agression, il m’a donné un billet de retard valide pour 5 minutes afin que j’aille me nettoyer », indique la victime féminine de Jean Pilon.

« Il a abusé de ma confiance et profité de ma jeunesse. Le surveillant de nuit me réveillait en me disant que le directeur Pilon me réclamait. »

« Comme quelqu’un peut en arriver là? Nous ne sommes pas les premiers. Est-ce qu’il sait combien il a fait de victimes? J’ai l’impression que le Clerc de Saint-Viateur était organisé pour protéger les pédophiles. »

Invité par le juge à témoigner, Jean Pilon a demandé le pardon. « La souffrance des victimes me démolit, dit le pédophile. J’ai manqué de jugement. Je m’excuse. Je suis désolé pour ce que j’ai pu faire à ma famille et à ma congrégation. »

Recours collectif

Un des victimes a demandé au juge de lever l’interdiction de publication en lien avec son identité. Brian Ford, était pensionnaire au Collège Bourget de Rigaud, lorsqu’il a été agressé sexuellement par Jean Pilon.

L’homme a expliqué à la Cour qu’il a vécu dans la honte et dans le secret une grande partie de sa vie. Que dans le cadre de son travail, qu’il lui arrivait de passer des nuits blanches puisque des souvenirs difficiles refont surface.

Brian Ford n’est pas qu’une victime. Il est aussi la voix de plus de 300 victimes qui ont intenté une action collective à l’endroit des Clercs Saint-Viateur. De ce nombre, 58 demandeurs sont en lien avec des présumées agressions commises par Jean Pilon. Accepté par la Cour supérieure en 2019, le recours collectif vise principalement des actes qui auraient eu lieu Collège Bourget de Rigaud.

Steve Sauvé

Steve Sauvé

Journaliste

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