Lors de la conférence de presse du 9 janvier 2019, le Syndicat du personnel de soutien des Trois-Lacs (Commission scolaire des Trois-Lacs) lance un cri du cœur, les conditions de travail sont alarmantes! Violence, pénurie de main-d’œuvre, lieux désuets, situations précaires, etc.

Photo Nicola Di Narzo

Cette pénurie de main-d’œuvre est plus que préoccupante puisqu’au bout de la chaîne, ce sont les services aux élèves qui sont affectés.

« La pénurie de personnel de soutien scolaire et l’augmentation importante du nombre d’élèves affectent sérieusement la qualité des services offerts aux élèves et ont des impacts nuisibles sur le personnel », affirme Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ). « La plus grande difficulté est certainement le taux de précarité élevé, qui touche 69 % du personnel, dont les trois quarts sont des femmes. Cela a de graves conséquences, surtout que plusieurs sont des mères monoparentales qui doivent boucler leur budget sans pouvoir compter sur un revenu suffisant. C’est très inquiétant et il ne faut pas se surprendre que la commission scolaire ait de la difficulté à recruter du personnel », continue-t-il.

Des emplois précaires

De son côté, le président du Syndicat du personnel de soutien des Trois-Lacs (SPSTL-CSQ), Éric Vézina, ajoute que les emplois plus avantageux offerts dans le secteur privé ou dans d’autres commissions scolaires attirent plusieurs de nos employés. « Plusieurs sont tentés de quitter ou ont tout simplement démissionné de leur poste pour occuper un emploi ailleurs où ils sont assurés d’avoir une charge de travail moins lourde ou des conditions de travail plus avantageuses. Notre commission scolaire perd ainsi une précieuse expertise », regrette le président du SPSTL-CSQ.

Ces conditions sont d’autant plus pénibles que nombreux membres du personnel doivent travailler pendant les pauses, les heures de dîner et même après les heures de travail pour réussir à accomplir leur tâche. Il ne faut donc pas se surprendre que plus de 80 % des travailleuses et travailleurs se disent exténués.

État des bâtiments

Pour ce qui est de l’état des bâtiments, les établissements du territoire de la Commission scolaire des Trois-Lacs ont une moyenne d’âge de 48 ans. Plus des deux tiers des bâtiments présentent un degré de vétusté jugé mauvais ou très mauvais. Des sommes ont été investies dans la rénovation, mais on doit continuer pour garder ces écoles à niveau.

Éric Vézina s’inquiète de la pratique de sous-traiter les travaux de rénovation. « Si l’on veut accélérer les travaux et les réaliser à moindre coût, il faut permettre au personnel de soutien de la commission scolaire d’en faire davantage, plutôt que de recourir à l’externe. »

Une réalité provinciale inquiétante : la violence à l’école

Une augmentation des phénomènes de violence physique et psychologique dans les établissements scolaires québécois a été constatée depuis le début des années 2000.

Les chiffres sont déplorables. Selon un sondage réalisé par la firme Ad hoc recherche, en collaboration avec la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), neuf membres du personnel de soutien scolaire victimes de violence sur dix (90 %) identifient les élèves comme la ou l’une des sources des incidents subis. Les parents sont la 2e source de violence la plus fréquente avec un peu plus du quart des victimes (27 %) qui les identifient comme la ou l’une des sources des incidents. Le personnel et la direction sont moins souvent identifiés comme une source de violence avec, respectivement, 14 % et 11 % des victimes qui les dénoncent.

Un peu plus de la moitié du personnel de soutien scolaire interrogé dit ne jamais remplir de rapports d’incidents suite aux situations vécues. C’est la notion d’évaluation de la gravité qui est mentionnée le plus souvent pour expliquer l’absence de rapport d’incident. Les événements ne semblent pas toujours assez graves (35 %) et le personnel de soutien se dit assez fort pour endurer la situation (21 %) tout en voulant parfois épargner l’élève impliqué (10 %).

En résumé, il s’agit de 63 % des membres du personnel de soutien qui disent avoir subi de la violence au travail. Les élèves sont la source principale de ces incidents qui prennent la forme de cris (65 %), de coups (62 %), de blasphèmes ou de sacres (62 %) et de propos injurieux (51 %). Les formes de violence sont encore nombreuses : des objets lancés, des crachats, des bousculades… sont aussi dans la liste beaucoup trop longue pour le propos de cet article.

« Dans ce contexte, c’est encore plus inacceptable qu’en plus de ne pas être considérés et traités à leur juste valeur, les membres du personnel de soutien scolaire doivent subir une violence physique et verbale qui les affecte durement. Il faut que ça cesse et nous avons mis en place des groupes de travail pour identifier des solutions. Nous aurons besoin de la collaboration des gestionnaires scolaires pour protéger le personnel de soutien », précise Éric Vézina.

Plusieurs solutions possibles

En terminant, le président de la FPSS-CSQ, Éric Pronovost, invite la commission scolaire à tenir compte du personnel de soutien et du rôle important qu’il joue chaque jour dans la bonne marche de nos écoles. « Connaissant la volonté de la commission scolaire d’améliorer la réussite éducative sur son territoire, je tiens à lui rappeler que le personnel de soutien partage cette préoccupation et qu’il fait partie, lui aussi, de la solution pour améliorer notre système public d’éducation. L’éducation, c’est aussi nous! », ajoute Éric Pronovost.

C’est donc un cri du cœur lancé au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. M. Vézina et Pronovost veulent une rencontre avec le ministre. Il faut investir davantage dans l’éducation et faire preuve de créativité quant aux postes et aux heures de travail. Il faut sortir du cycle interminable de la pénurie, de l’épuisement, de la difficulté du remplacement et du recrutement.

« M. Roberge, vous nous avez envoyé une carte de Noël dans laquelle vous nous souhaitez santé, bonheur et sérénité, mais comment est-ce possible sans les conditions nécessaires. Nous avons eu un ministre de la santé qui était un médecin et les résultats sont terribles… saurez-vous faire différemment? Nous voulons des solutions », conclut Éric Pronovost, la voix enflammée et le cœur gros, clairement passionné par ce sujet qui semble passer aux oubliettes.

Nicola Di Narzo

Nicola Di Narzo

Journaliste

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