Ça va très mal entre le CISSSMO et ses travailleurs | VIVA MÉDIA Skip to main content

Le Centre de Santé et de Services sociaux de la Montérégie Ouest (CISSSMO) confirme la démission de la directrice des soins professionnels. Nommée en janvier 2020, l’intensiviste a remis sa démission laissant un poste vacant qui sera à combler dans les prochaines semaines.

Les employés du CISSSMO n’ont plus confiance envers l’employeur. Les démissions sont nombreuses. (Photothèque)

Rien n’irait plus avec le CISSSMO. À l’interne, la situation serait telle qu’il ne serait plus question de savoir si le système sera capable de survivre, c’est plutôt de savoir quand surviendra la rupture.

Selon un document confidentiel obtenu par VIVA MÉDIA, un médecin qui requiert l’anonymat, indique que plusieurs de ses collègues seraient à couteaux tirés avec l’administration. Que des départs pourraient survenir sous peu. Le médecin ajoute que les dirigeants du CISSSMO mentent aux médecins et à l’ensemble de son personnel. Que les travailleurs n’ont plus confiance en la direction.

« Les médecins en ont ras le bol de cette administration. La colère gronde. Nous risquons de perdre des joueurs. Le personnel infirmier est aussi à bout. Le système va craquer », écrit le médecin dans le document.

Lenteur du système

La mauvaise gestion de la haute direction ferait en sorte d’ajouter du temps pour l’accès aux soins. D’ailleurs, le médecin indique devoir parfois conseiller à ses patients diverses alternatives. Par exemple, d’aller dans des cliniques privées pour des prélèvements. « Ceux qui sont suivis en Ontario ont un meilleur service pourtant on vit dans le même pays. »

Accompagnement

Le médecin affirme qu’un accompagnement serait profitable, afin de rétablir la confiance du personnel envers la direction et que cela serait un message fort dans le contexte. « Il est temps que les bottines suivent les babines », écrit le médecin.

De pire en pire

Du côté du Syndicat des professionnels en soins de la Montérégie Ouest, la présidente, Mélanie Gignac, espère que certaines personnes seront redevables. « En 1 an, nous avons eu 300 démissions, dit-elle. De ce nombre, 200 étaient des gens avec moins de 5 ans d’ancienneté. C’est un manque à gagner considérable. Nous avons rappelé ces personnes. Elles travaillent maintenant chez Costco, comme coiffeuse ou d’autres métiers. »

Le CISSSMO n’aurait pas une bonne réputation dans plusieurs établissements d’enseignement. « Je connais des étudiants à Trois-Rivières qui se font dire d’aller travailler partout sauf au CISSSMO, explique Mélanie Gignac. Cela est sans compter que plusieurs travailleurs qui ont suivi la formation de trois mois pour être préposée aux bénéficiaires attendent juste que leur année de travail soit terminée pour quitter. Je ne sais pas comment le CISSSMO va faire. Éventuellement, il y aura peut-être des étages qui devront être fermés. »

Pénurie de personnel et construction du futur Hôpital de Vaudreuil-Soulanges sont deux mots qui devraient faire peur. Mélanie Gignac, souligne que ça sera problématique. « C’est vrai que le futur hôpital aura un effet d’attraction. En vérité, ça risque de vider l’Hôpital du Suroît pour remplir l’Hôpital de Vaudreuil-Soulanges. »

Mme Gignac n’hésite pas pour dire que le CISSSMO ne prend pas soin de ses employés. « Savez-vous que les travailleurs du CISSSMO sont les seuls à avoir vu leurs vacances être annulées et ce, au Québec? La direction ne nous écoute pas. Les travailleurs n’ont plus confiance envers l’employeur. Ça sera difficile de rétablir un climat de travail adéquat. »

Toujours selon Mme Gignac, la direction du CISSSMO ne se gênerait pas pour inclure du temps supplémentaire obligatoire (TSO) dans ses horaires. « Ce n’est pas normal que le CISSSMO comble ses manques avec du TSO. Parfois, l’employeur sait 2 semaines à l’avance qu’il manquera des travailleurs et plutôt que de trouver des solutions, les employés ont l’obligation de faire des doubles. »

Les députées

Du côté de Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil, la situation est prise au sérieux. Pour Mme Nichols, il est primordial que les citoyens puissent avoir accès à des soins de qualité et que les travailleurs de la santé soient respectés. « Le CISSSMO dessert ma circonscription, dit Mme Nichols. Je trouve cela inquiétant. »

La députée de Soulanges, Marilyne Picard occupe également la fonction d’adjointe parlementaire du ministre de la Santé et des Services sociaux (volet santé). Sa circonscription est également desservie par le CISSSMO. VIVA MÉDIA a donc tenté d’entrer en communication avec la dame politique. Or, comme l’indique par courriel Marie-Christine Di Lalla, attachée politique de Mme Picard, il est impossible pour la députée de discuter avec le Journal puisque son horaire est déjà complet. Toutefois, l’attachée politique indique que Mme Picard précise que le ministère de la Santé et des Services sociaux est sur le dossier avec comme objectif de trouver des solutions dans les prochains jours.

Réactions du CISSSMO

Le CISSSMO a souhaité réagir aux différents propos des intervenants. C’est via sa conseillère aux communications que le CISSSMO fait savoir que sa volonté est de répondre aux besoins de services de santé et de services sociaux de sa population qu’elle dessert.

« La pandémie mondiale présente depuis presque un an cause de l’essoufflement du personnel et des médecins, qui s’accentue au sein de secteurs comme c’est le cas dans plusieurs établissements du réseau de la santé et des services sociaux au Québec.  Cependant, il ne faut pas oublier toutes les réalisations qui ont pu être faites grâce à la collaboration et l’implication de tous, incluant les médecins, le personnel et les gestionnaires. Rappelons que grâce à la collaboration médicale et du personnel, le CISSS a été en mesure d’adapter son offre de services à la population pour faire face à la pandémie notamment les cliniques d’évaluations de la COVID-19, les cliniques de dépistages, l’ouverture d’unités pour prodiguer des soins aux patients atteints de la COVID incluant des lits de soins intensifs COVID qui ont été déployés en moins d’une semaine », souligne le CISSSMO.

 

La direction ajoute que la contribution des médecins a été cruciale dans la gestion de cette pandémie et leur apport a d’ailleurs été important dans le déploiement notamment des zones chaudes communautaires de même que lors de situations d’éclosions. Que leurs préoccupations sont prises sérieusement face aux difficultés.  Que les représentants médicaux sont impliqués dans les différentes rencontres de coordination COVID et sont partie prenante des décisions qui y sont prises.

 

Au cours de la 2e vague, le CISSS dit avoir fait face à plusieurs éclosions tant dans les unités hospitalières que dans les CHSLD qui ont demandé une réorganisation constante afin de pouvoir continuer d’offrir des soins et des services de santé, tout en maintenant en activité les nouveaux services spécifiques à la COVID-19 et en considérant que près de 300 employés sont absents ou en investigation ou sont affectés à des tâches COVID.

 

Le CISSSMO souhaite également souligner les efforts considérables de tout notre personnel qui s’est mobilisé dans ce contexte très difficile. On vous assure qu’on travaille sur tous les fronts pour trouver des solutions concrètes pour améliorer la situation sur le terrain et pour pallier la pénurie d’infirmières dont la campagne de recrutement majeure qui a été lancée le 1er février dernier.

Steve Sauvé

Journaliste

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