Lettre ouverte aux  Salaberriennes et aux Salaberriens :

Un Campivallensien est un habitant de la ville de Campivallensis (Valleyfield). Or, il n’existe pas de ville ainsi dénommée légalement au Québec. Donc, aucun habitant chez nous ne peut être appelé Campivallensien.

Charles Michel d’Irumberry de Salaberry quitte sa ville natale, Beauport, en 1792 à l’âge de 14 ans pour s’enrôler dans l’armée britannique. Vingt ans plus tard, le 26 octobre 1813, il remporte la bataille de Châteauguay à titre de colonel du régiment des Voltigeurs. Cet exploit vient de le faire entrer dans l’histoire. Il décède ensuite à Chambly en 1829.

Un Campivallensien est un habitant de la ville de Campivallensis (Valleyfield). Or, il n’existe pas de ville ainsi dénommée légalement au Québec. Donc, aucun habitant chez nous ne peut être appelé Campivallensien.

 

Comment expliquer alors l’emploi officiel, mais erroné, du gentilé campivallensien »? Pour le savoir, il faut remonter dans l’histoire.

 

En 1874, un certain nombre de municipalités de la Montérégie se fusionnent pour former une nouvelle ville. Le maire d’alors, Marc-Charles Depocas, suggère l’appellation Salaberry en hommage au colonel du régiment des Voltigeurs, Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry, vainqueur de la bataille de Châteauguay remportée sur les Américains le 26 octobre 1813. Toutefois, l’élément Valleyfield, emprunté à The Valleyfield Paper Mills, une papeterie originaire d’Écosse établie ici en 1854, est ajouté plus tard à la suite de l’insistance des descendants des Loyalistes qui préfèrent une appellation anglaise, ce qui donne légalement Salaberry-de-Valleyfleld. Par la suite, le nom Valleyfield devient l’appellation courante dans l’Administration et la vie de tous les jours au point de supplanter celui de Salaberry, même chez les francophones. Incroyable, mais vrai!
De leur côté, les autorités diocésaines de l’Église catholique romaine suivent ce courant regrettable et demandent à Rome la création d’un diocèse sous le nom de Valleyfield. Traduit de façon douteuse selon certains, le nom Valleyfield devient « campivallensis », soit campi (champ) et vallensis ? (petite vallée). Cela explique le fait que le bref apostolique du 5 avril 1892 emploie le mot « Campivallensis » pour désigner le diocèse en latin, d’où l’appellation « Diocèse de Valleyfield » au lieu de « Diocèse de Salaberry » et, par la suite, Collège de Valleyfield au lieu de Collège de Salaberry. À partir de là, il n’y avait qu’un pas à franchir pour appeler Campivallensiens les habitants de la ville appelée erronément Valleyfield, en latin Campivallensis. Le conseil municipal adopte le gentilé « campivallensien » le 22 septembre 1980.

 

En somme, cette appellation est un nom étrange et maladroit issu d’un latinisme douteux, lui-même tiré du nom ajouté Valleyfield plutôt que du nom de souche Salaberry, devenu le toponyme officiel Salaberry-de-Valleyfield.
Il est temps pour le conseil municipal actuel de prendre l’initiative de la correction d’une erreur collective du passé, erreur à laquelle il n’a pas été mêlé, et de remplacer le gentilé actuel par celui qui est formé normalement à partir de l’appellation légale de la ville, soit « Salaberrien ». Il va également de soi que la Commission de toponymie du Québec officialise cet ethnonyme.
La personne qui habite

SALABERRY-DE-VALLEYFIELD est une SALABERRIENNE ou un SALABERRIEN.

 

De Robert Auclair, Fondateur et président de l’association pour le soutien et l’usage de la langue française.

Mélanie Calvé

Mélanie Calvé

Journaliste

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