Ces dernières semaines, tout comme mes concitoyens, j’ai suivi les recommandations gouvernementales à la lettre. Je n’ai pas vu famille et amis. Je n’ai pas serré mes petits-enfants dans mes bras. Le pays est sur pause, ma vie et la vôtre aussi.

Crédit photo: contrailsphotography via partage Facebook

Comme plusieurs, j’ai vu ma santé mentale vaciller. Généralement, elle est au beau fixe, mais je dois avouer que dernièrement, il y a certains jours où je me suis sentie à bout de souffle. Comme vous tous, je me suis raisonnée en me disant que tout finirait par bien aller. N’est-ce pas ce qu’on nous a rentré dans le fond de la gorge, jour après jour? Ça va ben aller, voilà à ce que je me suis accrochée.

 

Ce confinement, je l’ai vécu à ma façon, comme vous tous. J’ai fait des sacrifices pour notre bien commun. Ce n’est pas que le Québec qui était sur pause. C’est ma vie, la vôtre, celle de mes enfants, de mes petits-enfants, de mes beaux-parents, des vôtres aussi. Mais, c’est ce qu’il fallait faire, je suppose.

 

La photo ci-jointe à l’article a été prise hier à Mirabel. Des gens rassemblés pour voir le plus grand avion du monde atterrir. Je peux comprendre l’intérêt. Après des mois à ne voir que les 4 murs de notre salon, il est évident que le plus gros avion du monde semble être un divertissement digne d’intérêt. Mais cette image fait naître en moi un amalgame de sentiments contradictoires. Non, pour être complètement honnête, elle m’a révoltée. Je me suis dit : « voilà une photo qui représente parfaitement l’imbécilité humaine à son paroxysme ».

 

Peut-on faire collectivement autant d’efforts et de sacrifices pour aller ainsi se jeter dans la gueule du lion? Est-ce que tous ces gens n’ont vraiment rien compris? Est-ce que tous ces gens ont simplement jeté la serviette? Suffit-il vraiment d’un simple avion pour que nous oublions la bataille des dernières semaines? Vraiment? Sommes-nous pris dans un tourbillon sans fin? Et, je m’interroge, où étaient les forces de l’ordre dont le mandat est de faire respecter la distanciation sociale? Personne n’a songé au fait que cet avion attirerait inévitablement une foule de curieux?

 

Nous sommes collectivement engagés dans une bataille plus grande que nous. Des familles ont vu un être cher recevoir ses ailes seul, sans ses proches pour lui tenir la main. Ses familles ont compris, le cœur lourd de peine, qu’ils n’avaient pas le choix, que cela était pour le bien commun. Comment leur expliquer qu’avant-hier, un seul membre de leur famille pouvait se trouver auprès de leur mère? Une seule personne à la fois pour dire adieu à leur mère, mais une foule réunie pour voir le plus gros avion du monde atterrir. C’est d’une telle absurdité, d’une telle tristesse.

 

Ce n’est pas le temps de baisser nos gardes. Soyons intelligents, soyons brillants, soyons constants. Ça finira par bien aller.

Mélanie Calvé

Mélanie Calvé

Journaliste

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