Dans le Haut-Saint-Laurent, plus précisément à Saint-Anicet, se dressent les vestiges d’un village, jadis prometteur d’une certaine prospérité. Près de deux cents ans après sa fondation, le village nommé Rivière-La Guerre en référence à François Benoît dit Laguerre, un résident des Cèdres qui tenait chantier le long du cours d’eau au tournant du XIXe siècle, suscite la curiosité par son aura empreint de mystères.

Crédit photo Mélanie Calvé

L’apparition des premiers habitants de Rivière-La Guerre remonte au cœur des années 1820, soit à la même époque où l’homme d’affaires Alexander McBain y établit une entreprise de bois d’œuvre et de frêne. Peu de temps après le début des opérations de McBain, le colonel Davidson et Alexander Ogilvie de Dundee, unissent leurs efforts et construisent des magasins et des quais. En 1827, Alexandre McBain fournit la charpente et le bois aux colons afin de construire une église. Le projet est rapidement mis de côté, mais le lieu sert de sépulture dès 1828 avec l’inhumation de l’habitant William MacPherson.

 

En 1829, une école est construite. Cette dernière accueillera les enfants du Village jusqu’en 1846. Selon le site Rootsweb, les habitants étaient approvisionnés par des bateaux Durham qui provenaient du fleuve Saint-Laurent et qui remontaient fréquemment la Rivière-La Guerre.

 

Dès 1830, le village comptait 82 habitants affiliés à 16 familles dont la plupart étaient d’origine écossaise, irlandaise et française. En 1847, l’arpenteur William Barret divise le lieu en 144 lots.

 

 

Les habitants de Rivière La Guerre

Les archives relatent la présence de certains habitants dont William Coleman, cordonnier local, ainsi que de John Herrington, tonnelier. Il est impossible de passer sous silence la présence de John McDonald puisqu’il est la figure la plus importante du village. En effet, l’homme épouse la veuve d’Alexander McBain puis achète l’ensemble des magasins locaux ainsi que 950 acres de terrain. De plus, en 1937, il construit le manoir Rosebank, qui aujourd’hui encore, s’élève dans le paysage, sur le terrain adjacent au cimetière.

 

La construction de l’église

En 1847, après 20 ans d’attente, la première pierre de l’église presbytérienne est posée par John Leslie. Les travaux débutent grâce au rôle joué par de nombreuses familles, dont les Fraser, les Currie, les Brodie, les Harvey, les Fortune, les McGregor, les McEdward, les Leslie, les Grant, les Stewart et les Watson.  En 1851, la construction du lieu de culte est enfin terminée. Toujours selon le site Rootsweb, John Fraser de Dundee aurait fait don des premiers vases de communion. De simples vitraux gothiques violets et jaunes ornaient alors le bâtiment. L’église aurait fourni des services en anglais et en gaélique. De plus, c’est avec quelques désaccords entre les membres de la congrégation qu’un orgue a finalement été installé.

 

Le déclin du village

Ironiquement, une fois l’église érigée, le village débute son déclin. Selon les archives, deux causes expliqueraient l’abandon soudain du village. En premier lieu, la construction du barrage de Beauharnois, en 1849, nécessite la construction de barrages afin d’élever le niveau d’eau du lac. Conséquemment, les parties basses du village sont inondées et deviennent marécageuses. Ainsi, certains habitants décident de déménager dans les villages voisins. De plus, les bateaux Durham sont remplacés par des bateaux à moteur qui contrairement aux Durham, ne peuvent pas naviguer sur les petites rivières.

 

De ce fait, les nombreux quais construits dans le village deviennent inutiles. Les habitants décident donc de quitter les lieux, préférant se rapprocher du lac Saint-François. Rapidement, les bâtiments de Rivière La Guerre sont délaissés. Le temps et l’érosion ont fait leur œuvre, faisant disparaître maisons et bâtiments, ne laissant que le manoir Rosebank et l’église presbytérienne. D’ailleurs, les services de l’église se sont poursuivis épisodiquement jusqu’en 1941. La dernière inhumation s’est déroulée en 1948 lorsque Harry Stewart fut mis en terre.

 

Les chasseurs de fantômes

Le site attire de nombreux explorateurs urbains en quête de sensations fortes. Des histoires de toutes sortes circulent, notamment celle d’une petite fille décédée de la tuberculose qui aurait été enterrée dans le sous-sol d’une maison. En fait, la maison en question visitée par de nombreux explorateurs est en réalité le presbytère. Aucune trace de cette histoire n’a été trouvée dans les archives consultées. Il y a fort à parier qu’il s’agit d’une légende urbaine. À la lumière des recherches de l’autrice de ces lignes, les archives de l’époque ne font mention d’aucune tragédie survenue sur le site du Village.

 

Le cimetière est accessible au public durant le jour. Selon les recherches effectuées, plus de 130 personnes y seraient inhumées.

 

Il est important de noter que le manoir Rosebank est situé sur une propriété privée et que son accès est interdit. Bien que nombreux sont ceux qui désirent le visiter, il est illégal et irrespectueux de pénétrer sur les lieux qui sont d’ailleurs habités. En ce qui concerne l’ancien presbytère, présent dans plusieurs vidéos et sur plusieurs photographies, il semble avoir été récemment démoli.

 

Sources :

Rootsweb

Cimetière du Québec

Le village abandonné de
Rivière-La Guerre. Étude comparative par Guy Mongrain et Claire Poitras

http://www.leslabelle.com

www.urbexplayground.com

 

 

Mélanie Calvé

Mélanie Calvé

Journaliste

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