La Petite Patrie

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La Petite Patrie Julie Rocheleau et Normand Grégoire Ed. La Pastèque

Julie Rocheleau est indéniablement une des artisanes de la bande dessinée québécoise la plus douée de sa géné-ration. Après des débuts remarqués en 2010 avec La Fille invisible, poignant récit sur le délicat sujet de l’anorexie réalisé en collaboration avec Émilie Villeneuve, elle cosigne avec Olivier Bocquet le triptyque La colère de Fantômas, fabuleuse relecture du personnage phare de la littérature française. Voilà que la jeune artiste montréalaise s’attaque maintenant au corpus patrimonial La Petite Patrie de Claude Jasmin.
Rares sont les albums de bande dessinée qui s’intéressent à l’histoire contemporaine du Québec, outre les Paul de Michel Rabagliati et Magasin Général de Loisel et Tripp. Normand Grégoire et Julie Rocheleau refaçonnent ingénieusement ce classique littéraire, avec ce qu’il faut de modernité et d’audace pour en faire un savoureux moment de lecture. Et ce n’est pourtant pas les écueils qui manquent dans une pareille entreprise. Alors qu’ils auraient pu se heurter à une représentativité linguistique caricaturale et une approche graphique banale et mièvre, ils ont plutôt fait le choix de l’exigence. Rocheleau nous offre ses plus belles planches en carrière. L’assemblage des chroniques du populaire quartier montréalais des années 40 est magistralement mis en image. Sa grande sensibilité et son imaginaire pictural unique réussissent à nous faire revivre cette période charnière du Québec à travers les yeux d’un jeune garçon de 8 ans.
Le pari de l’adaptation en est un risqué. La petite patrie prouve que la bande dessinée est capable, par le biais de sa construction narrative unique, de traduire l’essence d’une œuvre issue d’un autre médium et d’en faire quelque chose de remarquable.

À propos de l'auteur

Jean-Dominic Leduc

Chroniqueur

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