Une infirmière à cœur ouvert

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Véronique Bélisle est infirmière à l’Hôpital général du Lakeshore et poursuit des études universitaires en sciences infirmières.

Les coupures imposées par le gouvernement dans plusieurs secteurs publics, dont celui de la santé, commencent à se faire sentir dangereusement. Une infirmière à l’Hôpital général du Lakeshore et étudiante au baccalauréat en sciences infirmières, Véronique Bélisle, lance un cri du cœur. Bien que les coupures se fassent déjà ressentir dans le milieu de la santé, la jeune infirmière souhaite dénoncer une situation intenable. Elle espère que son message sera entendu, et que des changements seront apportés.

« Je n’aimerais pas être dans la peau de mes supérieurs immédiats. Ceux qui ont la lourde tâche de me dire que la priorité est au patient. Ce que j’en pense, c’est qu’elle va à l’argent, cette priorité.

Je n’aimerais pas être dans la peau de mes supérieurs immédiats. Ceux qui ont la lourde tâche de m’annoncer que, pour des raisons de diminutions de budget, ma charge de patients est augmentée, qu’une infirmière prenant une journée de maladie ne sera pas remplacée, que les heures supplémentaires nécessaires pour terminer les tâches en cours dans mon quart de travail ne seront plus payées et qu’on enlève ces aides précieuses que sont les infirmières auxiliaires et les préposés aux bénéficiaires. Expliquez-moi comment ces gestes peuvent être accomplis dans l’intérêt du patient.

D’un autre côté, on me dit qu’une « bonne infirmière » devrait toujours prendre le temps pour ses pauses auxquelles elle a droit et qu’elle devrait toujours prendre le temps d’établir une relation d’aide avec ses patients et leur famille. Cependant, elle est réprimandée lorsque ses notes aux dossiers et ses documents légaux sont incomplets, car si elle fait une erreur et, rappelez-vous qu’ici l’erreur n’est pas permise, elle risque son emploi pour cause de négligence. Ceci est sans compter les fameux et archaïques TSO (temps supplémentaires obligatoires).

Par contre, si j’ai l’audace de dire que je refuse une situation que je ne juge pas « sécuritaire », je suis alors pointée du doigt. « As-tu vu cette personne? C’est à cause d’elle que ce sera toi qui ne pourras pas aller chercher ton garçon à la garderie, c’est à cause d’elle que je t’ai ajouté plus de patients. À cause de son refus, ce sera toi qui seras pénalisé! » Quelle belle technique pour monter les infirmières les unes contre les autres! Quelle belle technique pour mettre une muselière à ces infirmières!

C’est utopique de penser qu’une infirmière peut accomplir toutes ses tâches dans ces conditions, et surtout bien les faire. La pression est si élevée. Est-ce normal, en tant que nouvelle infirmière, de me sentir stressée avant chacun de mes quarts de travail?

Ne vous méprenez point. J’aime ma profession. Ceci, je m’en rappelle lorsque je passe du temps auprès de mes patients, vous savez, ce temps soi-disant réservé pour aller à la salle de bain, ou encore pour manger à cette pause du souper. Ce temps sacrifié, pour moi, il vaut tout l’or du monde. Il donne un sens à ma profession. J’aime ma profession lorsque mes patients me disent qu’ils sont contents de me voir, qu’ils me font confiance ou encore mieux, qu’ils me disent que je leur amène un petit rayon de soleil dans une période où ils se sentent si vulnérables.

Cet éclat que j’ai, je veux le garder. Lorsque j’étais étudiante, on m’a déjà dit : « tu verras, dans quelques années, tu seras bête comme moi ». Cette journée-là, je me suis juré que jamais, malgré les années, je ne serai « bête » comme toi. Que si je perds cet éclat, je changerai de profession, parce que je crois fermement qu’avant n’importe quels soins médicaux, ce dont ont le plus besoin les patients à l’hôpital, c’est de chaleur humaine. Le temps qui est censé m’être réservé, je le sacrifie pour offrir un minimum de qualité aux soins que je prodigue. Cela dit, si je m’épuise, qui sera là pour prendre soin de vous?

J’aime ma profession passionnément. Mais connaissez-vous plusieurs professions où les employés travaillent gratuitement pendant plusieurs heures, outre la profession d’enseignant? Il y en a sûrement. Mais ces deux professions demandent un don de soi. J’aime ma profession, mais pas dans ces conditions.

Alors non, je n’aimerais pas être dans la peau de mes supérieurs immédiats, qui doivent se convaincre eux-mêmes que ce qu’ils me demandent, c’est possible, alors qu’ils ont eux-mêmes déjà travaillé sur « le plancher » et sont déchirés à l’idée de m’annoncer toutes ces coupures.

Je n’aimerais pas être à la place de mes supérieurs immédiats, alors que leur propre tête est sous la guillotine s’ils n’atteignent pas les objectifs qui ont été fixés. C’est dommage, car quand je vois des situations comme celle-ci, je me dis que je n’aurais pas envie d’avoir ce poste. Et je pense que, lorsque tu n’as pas l’ambition d’avancer dans ta propre profession, c’est que celle-ci est en péril. »

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