Seigneuriales : Les femmes au coeur de la Nouvelle-France

Seigneuriales2014_1-1-NGM_9583-1 Nicole G. MelochePour la 24e édition des Seigneuriales de Vaudreuil-Dorion, les organisateurs ont souhaité mettre en lumière l’apport souvent méconnu des femmes dans la Nouvelle-France. Comme le dit si bien Eric Michaud, porte-parole des Seigneuriales : « Le temps est venu de raconter leur histoire! » Place aux femmes!

Pour étudier la vie des premiers colons en Nouvelle-France, les historiens dépendent des sources variées qui ont traversé les siècles. Le travail des spécialistes dépend donc de documents tels que les récits de voyage des explorateurs, les actes notariés, les ordonnances de l’intendant, les registres de justice, la littérature, les mémoires, les écrits des groupes catholiques tels que les Jésuites, le recensement ou la correspondance, entre autres. Il importe également de noter l’absence de journaux sous le Régime français, qui auraient pu offrir un reflet des défis quotidiens des colons.

Chacune des sources qui permettent l’étude de la Nouvelle-France possède ses forces et ses limites. Et voilà tout le défi, pour les historiens, de retracer l’histoire des femmes en Nouvelle-France. Souvent absentes des sources directes, les spécialistes doivent faire preuve d’ingéniosité dans les recherches pour trouver les traces de leur influence.

Le dévouement des religieuses

L’impact des femmes sur le développement de la colonie passe certes par la présence de religieuses sur le territoire. Par exemple, dès 1639, Marie de l’Incarnation arrive en Nouvelle-France, et y fondera les Ursulines de Québec. Elles contribueront entre autres à la santé des colons et des peuples autochtones lors d’une grave épidémie de vérole au milieu du siècle. Marie de l’Incarnation accueillera également les fameuses Filles du Roy, dont il sera question plus tard.

Le nom de Jeanne Mance s’impose lui aussi. Arrivée dans la colonie en 1641, elle fondera l’Hôtel-Dieu et agira à titre d’administratrice de Montréal. Elle est aujourd’hui considérée dans les livres d’Histoire comme cofondatrice de Montréal.

Un autre nom qui marque l’historiographie : celui de Marguerite Bourgeoys, fondatrice de la Congrégation Notre-Dame. Elle arrive en Nouvelle-France en 1653. Sa congrégation a joué un rôle central dans l’éducation des filles de tout niveau social, partout dans la colonie.

Menées par ces grandes dames, de nombreuses jeunes femmes suivront leur vocation et quitteront la France dans le but de contribuer au développement de la colonie et à l’enracinement du catholicisme.

Les Filles du Roy

Lorsque l’on pense à la présence des femmes dans la colonie, un fait historique marquant nous vient en tête : l’arrivée de Filles du Roy en 1663. Leur place importante dans l’historiographie mérite un bref survol de leur réalité.

Au milieu du 17e siècle, les hommes que la France recrute pour assurer le peuplement de la colonie sont principalement de jeunes journaliers ou des soldats sans famille. Rapidement, la colonie compte près du double d’hommes que de femmes. Ainsi, de 1663 à 1673, la Couronne enverra plus de 775 femmes en Nouvelle-France, dans le but d’en stimuler le peuplement. Le Roi de France s’engage à doter les filles qui acceptent de faire la traversée. Ces jeunes filles étaient principalement issues des grands centres, et souvent orphelines de père ou sans soutien. Pour elles, un mariage encadré par l’État s’avérait une solution enviable et rassurante. Dès le milieu de la décennie 1670, l’immigration subventionnée, pour les hommes comme pour les femmes, se termine, puisque la hausse de la population se fait désormais naturellement.

Au quotidien

La vie des femmes de la Nouvelle-France est bien différente, selon leur rang social.

Tout d’abord, les femmes venues dans la colonie sans mari s’unissent très rapidement. En effet, la majorité des femmes se marient avant l’âge de 20 ans. Lorsqu’elles deviennent veuves, elles se remarient très rapidement. Le taux de natalité dans la colonie est étonnant : entre 1663 et 1763, il oscille entre 55 et 65 naissances pour 1000 habitants. Même durant le bébé-boom de l’après-guerre, ce taux n’a jamais dépassé 30 pour 1000. Dans le dernier quart du 17e siècle, plus de la moitié des enfants font partie d’une famille de plus de 10 enfants. Les mariages précoces et le haut taux de natalité s’expliquent par le fait qu’en campagne, les cultivateurs dépendant exclusivement de leur progéniture comme main-d’œuvre.

En campagne, les femmes passent leurs journées à s’occuper de la maison et de la famille. Elles s’occupent du potager, des soins aux animaux, de la préparation des repas, de la conservation des aliments et de la confection des vêtements, entre autres.

En ville, certaines femmes travaillent dans les auberges ou les hôtelleries, ou peuvent occuper un poste de domestique, de sage-femme ou de couturière, par exemple.

Lorsqu’elles jouissent d’un rang social plus élevé, certaines femmes profitent de l’aide de domestiques et de bonnes pour la gestion de la maison.

Bien qu’il en soit rarement question dans les livres d’histoire, la Nouvelle-France n’est pas étrangère à l’esclavage. On trouve dans les villes des hommes et des femmes d’origines africaines ou autochtones, qui travaillaient sans salaire comme domestiques.

Le 4 juin, à 11 h 30, une visite guidée gratuite ayant pour thème À la rencontre des femmes au cœur de la Nouvelle-France, s’amorcera à la Place de l’animation, sur le site des Seigneuriales de Vaudreuil-Dorion. À ne pas manquer!

Le contraste autochtone

Les colons ne résument pas à eux seuls l’histoire de la Nouvelle-France. En effet, les nombreux peuples autochtones ont forgé le territoire des siècles avant l’arrivée des Européens. La tradition orale, ainsi que les nombreux écrits d’observation des voyageurs et des groupes religieux, fait état de la place des femmes dans ces populations.

Par exemple, chez les Hurons, les traditionnelles maisons longues sont habitées par une femme et ses filles, ou par un groupe de sœurs, avec leurs époux et leurs enfants. Pour eux, contrairement aux Européens, la généalogie s’établit selon la lignée des femmes. Une pratique que l’on retrouvait également chez certains groupes amérindiens de la côte ouest.

L’artisanat, qui prend une place centrale dans la culture, le commerce et la spiritualité des peuples autochtones, est souvent porté et perpétué par les femmes de la tribu.

Ce vaste pan fascinant de l’Histoire de la Nouvelle-France sera discuté en détail lors de la conférence gratuite Les femmes autochtones au cœur de la Nouvelle-France le 4 juin, à 14 h 30, dans la salle des arts visuels du Musée régional de Vaudreuil-Soulanges. S.L.

Sources

Entrevue – Eric Michaud, porte-parole des Seigneuriales
Histoire générale du Canada, sous la dir. de Craig Brown, 1990.

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Directrice de l'information

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