Doit-on bannir les pitbulls?

Le Québec vit une crise sans précédent depuis le décès tragique d’une femme qui aurait été mortellement attaqué par un pitbull à Pointe-aux-Trembles.

Cet événement, épouvantable sans aucun doute, est venu diviser la population et a mené à une profonde réflexion : doit-on bannir les pitbulls de nos municipalités ou plutôt opter pour des campagnes de sensibilisation et de responsabilisation destinées aux propriétaires de tous les chiens?

Je veux d’abord préciser qu’il n’y a aucune étude scientifique complète qui démontre que le pitbull est plus dangereux que les autres chiens. Je ne vous cacherai pas que sa mâchoire est puissante et qu’elle peut causer d’importantes blessures en cas de morsure; je ne vous cacherai pas que certains pitbulls ont aussi un instinct de prédation plus élevé que d’autres chiens, mais d’en conclure, sans preuve, qu’ils sont plus dangereux que les autres serait de généraliser ce qu’il faut éviter de faire. J’ai vu d’excellents pitbulls dans ma pratique et j’ai aussi vu le contraire. Les facteurs qui font la différence sont la génétique, les méthodes d’entraînement utilisées, la façon dont le chien a été socialisé et l’environnement. Un pitbull avec une bonne génétique, entraîné en renforcement positif, qui vit avec une famille qui prend le temps de répondre à ses besoins quotidiens peut devenir un animal de compagnie agréable qui n’aura probablement jamais de problèmes de comportements majeurs. Et c’est comme ça pour tous les chiens…

Oui, mais…

Malgré cet argument que je ne suis pas le seul à répéter, plusieurs souhaitent encore que les pitbulls soient bannis de leur municipalité, du Québec et même du monde entier. Les préjugés à leur égard sont présents depuis plusieurs années et ne sont pas prêts de changer. En ce qui me concerne, le bannissement des pitbulls n’est vraiment pas la bonne solution; pire encore, elle risque de créer un faux sentiment de sécurité chez les gens : ceux qui veulent de « gros chiens qui font peur » se tourneront vers d’autres races et en feront des chiens tout aussi dangereux. On a tenté l’expérience en Ontario et le nombre total de morsures par des chiens a augmenté de 2010 à 2014, passant de 400 à 650. Avancé? Pas vraiment… Certaines villes et pays, comme l’Angleterre, ont même retirés ce type de législation! C’est tout dire!

Ma solution

Je suis comme vous. Je ne veux plus que des drames comme celui de Pointe-aux-Trembles se produisent à nouveau et je souhaite que le nombre de morsures diminue au Québec. Il y en a 450 par jour, selon un sondage Léger Marketing pour le compte de l’Association des médecins vétérinaires du Québec. C’est beaucoup trop.

Au lieu d’interdire les pitbulls, il serait beaucoup plus efficace que les villes adoptent des règlements sur les chiens dangereux sans égard au type ou à la race et que les chiens mordeurs soient évalués par des vétérinaires spécialisés en comportement et/ou des éducateurs canins certifiées. Les municipalités devraient aussi resserrer leur règlement sur les chiens en laisse et émettre des amendes salées aux contrevenants.

D’autre part, pourquoi ne pas imiter la Suisse et obliger tous les propriétaires de chiens à suivre un cours en éducation canine auprès d’éducateurs certifiés qui enseignent avec des méthodes basées sur le renforcement positif. Ce serait un pas de géant! Dans le meilleur des mondes, les écoles et les municipalités pourraient aussi s’impliquer en donnant de petites formations annuelles sur la prévention de morsures.

Il est aussi grand temps d’exiger que les chiens qui ne sont pas destinés à la reproduction chez les éleveurs éthiques soient stérilisés et que la vente d’animaux dans les animaleries soit interdite. Cela bénéficierait aux refuges qui débordent aux Québec.

En terminant, les propriétaires de chiens doivent se prendre en main et se responsabiliser. Ces derniers doivent consulter un spécialiste en comportement canin au moindre signe d’agressivité dans le but d’éviter le pire.

Comme vous pouvez le constater, on peut faire autre chose que de bannir les pitbulls. Il est important que les élus travaillent avec les experts du milieu canin pour explorer les différentes solutions et, enfin, mettre un terme à cette crise pour pourrait encore faire des victimes.

 

À lire aussi: 

Pour ou contre les pitbulls?

SPCA: Abandons à la hausse

 

Michel Lacasse-004_PhotoReduktoMichel Lacasse

Éducateur canin
www.eduquatrepattes.ca

 

 

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Directrice de l'information

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2 commentaires

  1. Yolande Duchesneau

    Il ne faut pas bannir la vente d’animaux en animalerie car certains refuges bénéficient de ces vitrines pour l’adoption de chiens et chats équilibrés à la recherche d’une bonne famille. Il faut simplement s’assurer qu’ils ne vendent pas d’animaux de production de fond de cour et d’usines à chiots.
    Pour ce qui est des chiens dits à risque, un règlement pourrait exiger que le futur maître soit évalué au même titre que l’animal et que celui-ci soit apte à lui prodiguer tous les soins nécessaires (stérilisation, cour clôturée ou enclos sécuritaire, soins vétérinaires, cours nécessaires, assurances, etc. Si la personne n’est pas apte à défrayer ces coûts, elle ne sera pas apte à prendre soin d’un tel animal. Beaucoup de gens répondent aux annonces en spécifiant qu’elles n’ont pas l’argent pour acheter l’animal mais qu’elles ont beaucoup d’amour à lui offrir. L’amour est nécessaire mais pas suffisant.

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  2. Remi Braxeau

    LATEST NEWS ON POTENTIALLY DANGEROUS DOGS:
    Following the latest press release from the city of Vaudreuil-Dorion,
    “Vaudreuil-Dorion, le 16 juin 2016 – À la suite des nombreux évènements des dernières semaines concernant les chiens de race pitbull, le conseil municipal de la Ville de Vaudreuil-Dorion a amorcé une réflexion à propos, plus spécifiquement, de la réglementation existante sur les chiens dangereux. ”
    the SPCA West’s desire is to work with the municipality to promote long term solutions that will attack the problem directly at the source and will not include the abolition of certain breeds of dogs, but rather will focus on education and accountability of the guardians of these dogs.
    numerous studies and projects have taken place in the past, all conducted by canine professionals, vets and other provincial authorities, and all proved without a doubt that banning a breed in particular simply does not work.
    We wish to see implementation of regulations that will focus on education and accountability, stronger laws on cruelty to animals, sterilization, and permanent identification. we believe this will have a far greater and sustainable impact.
    the community deserves to live in safety and harmony with the animals around us, and it is together that we will succeed at finding a true solution.
    DERNIÈRE NOUVELLES, DOSSIER CHIENS DE GRANDE PUISSANCE :
    Suite au dernier communiquer de la ville de Vaudreuil-Dorion,
    “Vaudreuil-Dorion, le 16 juin 2016 – À la suite des nombreux évènements des dernières semaines concernant les chiens de race pitbull, le conseil municipal de la Ville de Vaudreuil-Dorion a amorcé une réflexion à propos, plus spécifiquement, de la réglementation existante sur les chiens dangereux. ”
    La SPCA Ouest se réjouit de voir que la municipalité se préoccupe de la sécurité de ces citoyens, et met de l’avant des efforts afin de trouver les meilleures solutions possibles pour y parvenir.
    La SPCA Ouest désire travailler de concert avec la municipalité afin de promouvoir des solutions long terme qui attaquent le problème directement à la base et qui n’inclues pas les abolitions de certaines races de chiens, mais plutôt mettra l’emphase sur l’éducation et la responsabilisation des gardiens de ces dis chiens.
    Comme on le sait déjà, de nombreuse études et projets ont été réalisés dans le passer par plusieurs professionnels du domaine canin et par d’autre provinces, et prouvent sans le doute que bannir une race en particulier ne fonctionne pas.
    On souhaite la mise en place de règlements axés sur l’éducation et la responsabilisation, des lois plus sévères sur la cruauté envers les animaux, la stérilisation et l’identification permanente. Ceci aura un bien plus grand impact et ce de façon durable.
    La communauté mérite de vivre en sécurité et harmonie avec ces animaux de compagnie, et c’est ensemble que nous réussirons à y arriver.

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