Agressions sexuelles : Le courage de dénoncer

Les révélations concernant Éric Salvail et Gilbert Rozon auront probablement des répercussions dans la région. En effet, lorsqu’une dénonciation est rapportée sur la place publique, souvent d’autres victimes de gestes semblables trouvent le courage de dénoncer.

Le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) La Vigie, situé à Salaberry-de-Valleyfield, pourrait donc constater une augmentation de sa clientèle dans les prochains jours. L’organisme aide les femmes survivantes d’une agression à caractère sexuel ainsi que leur entourage (parent, conjoint-e, ami-e). Dernièrement, l’organisme a vu une hausse des demandes. Est-ce une conséquence de l’affaire Weinstein aux États-Unis ou le mouvement #Moiaussi sur les réseaux sociaux?

« Dernièrement, on a un plus grand volume d’appel qu’à l’habitude. Il y a le mouvement #Moiaussi, mais il y a aussi eu le mouvement #Jevouscrois qui a été fait par le regroupement des CALACS. Quand on en parle dans les médias, ça a une incidence sur les demandes d’aide que l’on reçoit. Souvent, les femmes ne prennent pas conscience qu’elles en sont victimes, jusqu’à ce qu’une autre personne dévoile une histoire similaire à la leur », souligne Karine Gagné, coordonnatrice au CALACS La Vigie.

Le CALACS La Vigie vient en aide aux femmes victimes d’agression sexuelle. D’emblée, Karine Gagné tient à préciser qu’à l’organisme on préfère dire « survivante » plutôt que « victime ». Les personnes qui se tournent vers le CALACS La Vigie peuvent avoir vécu diverses formes d’agression. « Une agression sexuelle c’est une prise de pouvoir d’une personne sur une autre. Au moment où ça a une conséquence dans leur vie, elles sont victimes de quelque chose », ajoute Karine Gagné.

Une question de vocabulaire

L’organisme classe les agressions à caractère sexuel différemment qu’au niveau légal. Il identifie sept formes: agression sexuelle (viol, tentative de viol et attouchements), inceste et à caractère sexuel dans l’enfance (agression sur mineur), exploitation sexuelle (utiliser sexualité de quelqu’un pour en retirer un gain), harcèlement sexuel (tous  gestes ou paroles à caractère sexuel répétés), appels ou messages obscènes (appels ou textos non désirés), exhibitionnisme (s’exhiber devant quelqu’un qui n’a pas envie de voir) et voyeurisme (surprendre quelqu’un dans son intimité sans consentement).

Mercredi, lorsque les allégations concernant Éric Salvail sont sorties dans les médias, il était question d’inconduite sexuelle. Or, ce terme est erroné selon la coordonnatrice. « Dans le cas d’Éric Salvail, on parle d’inconduite sexuelle, mais selon moi c’est minimiser les gestes. Pour nous quelqu’un qui arrive ici et qui nous dit avoir été victime de ce genre de situation, alors on parle d’harcèlement sexuel au travail ou d’harcèlement sexuel de manière générale », explique Karine Gagné, à qui nous avons parlé mercredi, le jour même des révélations concernant Éric Salvail.

Au CALACS La Vigie tous les gestes compris dans les sept formes sont considérés comme des agressions. L’organisme aidera autant une femme prise avec un problème d’harcèlement sexuel au travail qu’une adolescente vivant de l’inceste.

Comment demander de l’aide

Les personnes souhaitant recourir aux services du CALACS La Vigie peuvent téléphoner au 450 371-4222, écrire un courriel au info@calacslavigie.org ou même envoyer un message sur la page Facebook de l’organisme. Dans la semaine suivant la demande, la personne sera conviée à une rencontre d’information sur les services. Parmi ceux-ci se trouvent l’écoute téléphonique ainsi que les rencontres de groupe et individuelles.

« Dans cette rencontre d’accueil, on va leur expliquer tous les services qu’on peut leur offrir et l’on va prendre le temps d’évaluer leur situation, pour savoir s’ils sont en urgence. Si elles ne sont pas capables de fonctionner au quotidien, on peut leur donner des rencontres d’urgence pour les rendre fonctionnelles pour attendre sur la liste d’attente », dit la coordonnatrice.

Effectivement, il y a une période d’attente avant le début des consultations. Chaque femme aura droit à quinze rencontres individuelles. Un groupe de soutien est, cependant, accessible immédiatement. L’accompagnement pour les poursuites criminelles et l’accompagnement médical sont également des services disponibles rapidement dès le début. Comme l’organisme aide les filles dès le secondaire 1, les mineures sont exceptionnellement prises en charge dès qu’elles s’adressent au CALACS La Vigie.

Les hommes et les jeunes enfants ne font pas partie de la clientèle de l’organisme. Par contre, les intervenants ne leur claquent pas la porte. Ils les rassurent et les dirigent vers le CLSC. Comme dans la région il n’existe pas d’organisme pour la clientèle masculine, elle est habituellement dirigée vers Montréal.

Une femme n’a pas besoin d’avoir une référence médicale ou d’avoir porté plainte à la police pour aller chercher des services au CALACS La Vigie. « L’accompagnement judiciaire est un service qu’on offre pour une femme qui désire porter plainte à la police, mais on ne force personne parce que c’est son choix », précise Karine Gagné ajoutant que seulement 10 %  des femmes portent plainte dans les cas d’agression s à caractère sexuel.

Une mission large

La mission de l’organisme comporte également un volet de prévention et de sensibilisation ainsi qu’un volet de lutte. Le CALACS La Vigie va dans les écoles secondaires des trois territoires qu’il couvre et pose des actions tout au long de l’année pour lutter contre la problématique d’agression sexuelle.

« On salue le courage des victimes de briser le silence. C’est sûr que notre rêve ultime c’est qu’un jour il n’y en ait plus d’agressions sexuelles. Justement, plus on va en parler, plus il va y avoir des choses mises en place pour apporter des changements au niveau judiciaire. Les sentences en agression sexuelle sont vraiment minimes par rapport à la douleur qui est causée », conclut Karine Gagné.

 

 

STATISTIQUES :

  • Dans 94 % des cas d’agression, la victime connaissait l’agresseur.
  • Les agressions ont lieu chez l’agressée, l’agresseur ou dans un lieu connu dans 76 % des cas.
  • 35 % des victimes demandent de l’aide dans l’année suivant l’agression.
  • 32 % des victimes attendent plus de 13 ans après l’agression pour demander de l’aide.

*En se basant sur 68 contextes d’agression.

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