Les milieux humides de Saint-Zotique mis sur la glace

Bien que l’hiver soit à nos portes, le projet de construction dans les milieux humides bordant la 65e avenue à Saint-Zotique, qui avait suscité de fortes réactions en septembre, reste d’actualité.

Comme le maire Yvon Chiasson avait apposé son droit de veto sur les résolutions concernant ces milieux humides lors de la séance de septembre, les points étaient de retour à l’ordre du jour de la séance du 21 novembre. Cette fois-ci, le nouveau conseil a voté contre.

Rappelons que le Plan d’implantation et d’intégration architectural (PIIA) et le Programme particulier d’urbanisme (PPU), présentés en septembre, contenaient des bâtiments de neuf étages et avaient divisé les élus. Bien que le maire et le conseiller Pierre Chiasson se prononçaient contre le règlement parce que les citoyens n’en veulent pas, une majorité des conseillers (5) avaient voté en faveur de la résolution, car ils considéraient que c’était la meilleure façon de contrôler le futur projet.

Les deux points ont finalement été rejetés lors de la séance du conseil de novembre. Jonathan Anderson, Pierre Chiasson et Jean-Pierre Daoust ont voté contre, alors que Franco Caputo et Patrick Lécuyer étaient pour. Notons qu’il n’y a toujours pas de projet qui a été présenté à la Municipalité par le promoteur. Avant de débuter son projet, ce dernier devrait, en plus, obtenir l’autorisation du ministère de l’Environnement avant d’aller de l’avant.

Alors que VIVA média a contacté le propriétaire du terrain Martin Michaud pour lui demander une entrevue téléphonique, ce dernier a préféré répondre par la messagerie privée de Facebook. « Je suis le propriétaire des propriétés très populaires de St-Zotique. Avec plaisir je vous confirme que le PPU requis a été refusé… alors aucun projet. Et [je] vous avise que nos propriétés sont zonées Blanc et que nous avons le droit de construire comme le zonage en place, [soit] Résidentiel 9 étages », a-t-il écrit soulignant au passage que les milieux humides du côté nord de la rue Principale ne sont pas zonés « conservation ». Le propriétaire étudierait maintenant ses options, soit les développer ou les vendre.

Sauver les milieux humides

En août dernier, la citoyenne Marie-Martine Richer a lancé le regroupement Sauvons les milieux humides de Saint-Zotique. En plus d’une page Facebook où elle partage des renseignements, des photos et des articles concernant la préservation des milieux humides, la Zotiquienne avait lancé une pétition. Bien qu’elle ait amassé plusieurs centaines de signatures (elle en avait 600 lors de la séance du conseil de septembre), cette pétition n’était pas conforme pour être déposée au fédéral. Après avoir obtenu des conseils de la députée de Salaberry-Suroît, Anne Min-Thu Quach, et de son équipe sur la manière de faire une pétition dans les normes, la citoyenne a lancé une nouvelle pétition dimanche dernier. Ceux qui désirent la signer, pour demander au gouvernement du Canada de prendre position afin d’assurer le respect de la politique fédérale sur la conservation des terres humides (1996) et de désigner les terres humides en bordure du lac St-François comme aire protégée, peuvent se rendre chez Nutrition Animale St-Zotique, situé au 1184, rue Principale.

Marie-Martine Richer est très impliquée dans ce dossier. Nécessairement, elle devient un bouc émissaire pour ceux qui sont contre sa démarche. S’est-elle sentie menacée ou harcelée par certains commentaires sur la page Facebook du regroupement? Elle avoue avoir ressenti une certaine pression de la part du promoteur. « Il nous envoyait des beaux messages quand ça lui tentait. C’est de l’intimidation, mais un peu voilée. Ça ne m’inquiète pas, mais il y en a que ça dérange », dit-elle à propos de messages publics de la part du promoteur sur la page Facebook ainsi que ceux qu’elle a reçus en messages privés. Aux dires de la citoyenne ces menaces concernaient le fait de mettre des clôtures sur les terrains des gens, la démolition des maisons de la 65e avenue et la candidature de sa mère comme conseillère municipale. «  Ce sont des choses dérangeantes, mais ce n’est pas ce qui va me faire arrêter, par contre », ajoute Marie-Martine Richer.

Renseignements incomplets

Marie-Martine Richer trouve désolant de devoir continuellement se battre afin d’obtenir des renseignements. Elle donne comme exemple le Plan de conservation des milieux humides publié par la Municipalité de Saint-Zotique en juillet 2016. Dans la première copie sur laquelle elle a pu mettre la main, plusieurs pages manquaient. Elle a dû faire de nombreuses demandes avant d’obtenir le document complet.

« C’est ça qui est compliqué. Ils ne veulent pas tout nous dire. On n’a pas droit à toute l’information. Tu as droit à certaines informations, mais ils en cachent toujours et ils ne veulent pas que tu en saches trop. On se bat pour découvrir ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai », lance la citoyenne.

Des terrains en conservation

La citoyenne avance que dans ce Plan de conservation des milieux humides, les deux terrains de chaque côté de la 65e avenue sont identifiés comme « en conservation » et qu’ils ne devraient pas être soumis au développement. Entre autres, une carte indiquerait que ces terrains sont des « zones avec espèces à statut précaire ». Le Plan de conservation des milieux humides et terrestres de la Municipalité de Saint-Zotique a été adopté par le conseil municipal en février 2016, mais il attendrait toujours d’être accepté par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Près de deux ans plus tard, le Plan de conservation ne serait pas encore approuvé par le Ministère parce qu’il doit être modifié pour être encore plus sévère, selon ce que Marie-Martine Richer aurait reçu comme réponse lors de son appel au ministère de l’Environnement. VIVA média a contacté à de nombreuses reprises la Municipalité de Saint-Zotique afin d’éclaircir ce point et pour obtenir des réponses à d’autres questions sur le sujet. Au moment de publier, la Municipalité de Saint-Zotique n’avait pas retourné nos appels.

S’il devient plus sévère, les terrains bordant la 65e avenue resteront-ils des zones « en conservation »? Si oui, pourquoi des citoyens doivent-ils monter aux barricades pour empêcher un promoteur d’y construire un projet se demande la fondatrice de Sauvons les milieux humides de Saint-Zotique.

« Cette semaine on sort la pétition pour le fédéral. On a réussi à faire changer la tournure du municipal. La Loi 132 rentre à sa pleine capacité au mois d’avril. Il faut tenir le fort de ce côté-là jusqu’au mois d’avril. Il nous restait, pour mettre toutes les cartes de notre côté, d’aller vers le fédéral », conclut Marie-Martine Richer en invitant les citoyens à signer en grand nombre sa pétition. Elle ajoute que « c’est tout le monde qui est concerné par ça. Les bords du St-Laurent sont importants. En Ontario, ils en protègent plein. Pourquoi au Québec ce n’est pas comme ça? On les donne aux promoteurs et ils vont faire n’importe quoi avec les bords de l’eau. »

 

 

 

 

 

 

 

 

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