Les citoyens de Pincourt toujours en lutte pour conserver le boisé Rousseau

Lorsqu’ils ont appris qu’un promoteur allait raser une partie du boisé Rousseau pour développer un projet résidentiel, des citoyens de Pincourt se sont mobilisés et ont amorcé une lutte pour sa conservation. Plusieurs semaines plus tard, ils n’ont toujours pas baissé les bras.

Boisé Rousseau

Il y a quelques semaines déjà, le regroupement citoyen a mandaté un biologiste indépendant pour recenser les espèces présentes dans le boisé Rousseau et procéder à l’analyse de l’impact de la destruction de cet habitat.

Avec cette contre-expertise, le groupe souhaite remettre en question les conclusions de l’étude commandée par le promoteur, qui lui a permis d’obtenir l’aval du Ministère de l’Environnement.

À ce jour, la spécialiste chargée de cette étude poursuit le recensement des espèces du boisé. Actuellement, 110 espèces de végétaux, d’insectes et d’animaux ont été recensées. « Nous cherchons à déterminer s’il y a des espèces en danger dans ce boisé », explique Shelagh McNally, du regroupement citoyen.

Le collectif a lancé une pétition sur le web, qui regroupe à ce jour plus de 1400 signatures. Dans le but de joindre le plus de gens possible, les responsables ont récemment lancé une campagne porte-à-porte.

La question des îlots de chaleur

Le vert représente une température plus fraîche et le rouge, plus chaude.

Les citoyens engagés dans la conservation du boisé ont récemment attiré l’attention des représentants de la Ville de Pincourt sur la question des îlots de chaleur, avec la canicule vécue dans les dernières semaines. Ils avancent l’importance de conserver le boisé Rousseau pour réduire les îlots de chaleur sur le territoire de Pincourt.

Pour mieux comprendre l’impact de la destruction des milieux humides sur les îlots de chaleur, le regroupement s’appuie sur un rapport de l’Institut national de Santé publique du Québec.

On lit entre autres dans ce rapport que « [la] perte de végétation implique une perte de fraîcheur en milieu urbain. En effet, la végétation joue un rôle essentiel de protection contre la chaleur grâce au phénomène d’évapotranspiration et d’ombrage des sols et des bâtiments. Au cours du processus naturel d’évapotranspiration de la vapeur d’eau, l’air ambiant se refroidit en cédant une partie de sa chaleur pour permettre l’évaporation. La végétation participe également à une bonne gestion des eaux pluviales et à une meilleure qualité de l’air dans les villes ».

Pour le regroupement citoyen, la perspective d’une hausse du nombre de journées de canicule dans les années à venir rend encore plus nécessaire la conservation des îlots de fraîcheur comme le boisé Rousseau.

Un jugement historique

Le groupe citoyen se réjouit également d’un jugement rendu récemment par la cour supérieure, un jugement qui, selon les acteurs de milieu environnemental, marque une nouvelle ère en matière de protection des espèces en péril.

En effet, le 22 juin dernier, le juge René Leblanc de la cour supérieure a rendu un jugement historique dans un dossier où un promoteur de La Prairie visait à développer un projet immobilier dans un milieu humide où vivaient des grenouilles rainette faux-grillon, une espèce en voie d’extinction.

La cour a jugé qu’un décret d’urgence émis en 2016 pour stopper le développement résidentiel n’était pas anticonstitutionnel. Le jugement confirme également que les interdictions spécifiques de la mesure du décret d’urgence, et conséquemment les infractions et les peines associées, sont valides en droit criminel.

« Depuis trop longtemps, les autorités hésitent à protéger les habitats des espèces en péril par crainte de poursuites. Ce jugement vient changer la donne et établit que la protection d‘un habitat de survie ou de rétablissement a une valeur propre », a exprimé sur le sujet Alain Branchaud. biologiste et directeur de la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP Québec).

Le groupe citoyen luttant pour la conservation du boisé Rousseau voit dans ce jugement une lueur d’espoir dans l’éventualité où des espèces menacées sont recensées dans le secteur visé.

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Directrice de l'information

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