Le rôle indispensable des travailleurs de rue

Les travailleurs de rue, une présence indispensable dans notre milieu. Photo Stéphane Fortier

Au cours de la dernière année (2016-2017) pas moins de 1558 personnes ont été rencontrées par les travailleurs de rue œuvrant dans la région de Vaudreuil-Soulanges où l’on retrouve 23 municipalités.

Et les personnes rencontrées et aidées, contrairement à ce que l’on pourrait penser, peuvent aussi bien être âgées de 45 ou 50 ans que de 12 ans.

La plupart des gens croient que les travailleurs de rue ne vont aider que les jeunes qui flânent dans les parcs et certains autres endroits publics, mais leur mission est beaucoup plus large. S’il est vrai que la majorité des gens aidés sont âgés entre 12 et 17 ans (53 %), il y a tout de même près de 30 % de la clientèle âgée de 40 ans et plus.

Il y a actuellement deux travailleurs de rue qui parcourent Vaudreuil-Soulanges, Jay et Marilyne. Pour un si grand territoire, c’est peu. « Et il y a des besoins partout, sans exception. D’ailleurs, un troisième travailleur de rue devrait se joindre à l’équipe au cours de l’automne », précise John Gladu, directeur général de l’Aiguillage, dont la mission est de venir en aide à la population de Vaudreuil-Soulanges, ou transitant sur le territoire, qui sont aux prises avec différentes problématiques. C’est de cet organisme que font partie les travailleurs de rue.

Les réalités sont différentes, que l’on se trouve plus en milieu urbain ou rural. « Au sein d’une même ville, il peut y avoir des disparités. Les interventions peuvent être différentes d’un endroit à l’autre. Plus on s’éloigne de Montréal, plus ça change », indique John Gladu.

Un des objectifs des travailleurs de rue est de dépister les personnes qui n’iront pas spontanément vers les ressources disponibles et susceptibles de les aider.

Approche douce

Les travailleurs de rue ont une approche humaniste et de réduction des méfaits et ils sont généralistes. Ils s’adaptent à la clientèle et au milieu dans lequel ils interviennent, car il faut bien le dire, chaque secteur de la région à ses particularités. « Ce qui est commun toutefois, c’est que, partout, ils doivent créer un climat de confiance avec les gens auprès desquels ils interviennent », fait remarquer John Gladu.

Autre idée préconçue peut-être, c’est que les interventions s’effectuent surtout auprès des garçons. Les 12 derniers mois démontrent au contraire que 874 femmes et filles (56 %) et 684 hommes et garçons (44 %) ont été rencontrés.

Où les rencontrent-ils? La grande majorité (80 %) à l’école, dans des organismes ou dans leurs milieux de vie. Les autres rencontres les plus usuelles (8 %) s’effectuent surtout dans les bars, les cafés et les restos.

Les premières rencontres sont surtout consacrées à de l’écoute, du support, des échanges, de l’information et de la sensibilisation. L’orientation et les références vers d’autres ressources font aussi partie de la tâche des travailleurs de rue. La distribution de condom et de seringues est, malheureusement, un mal nécessaire.  « Ils doivent de prime abord, créer des liens, développer une certaine complicité. C’est, d’une certaine façon, une opération de séduction pour, éventuellement, les encourager à se confier », décrit John Gladu.

« La plupart des problématiques rencontrées sont en lien avec la consommation (drogue, alcool), le jeu et la prostitution », révèle John Gladu.

Pas toujours facile

Les problématiques rencontrés par les tyavailleurs de rue varient beaucoup et c’est cette diversité des situations qui se veut stimulante. « C’est justement cette diversité qui me plaît, nous en dit Marilyne qui est travailleuse de rue depuis janvier. Certaines problématiques sont plus émotives comme la question du suicide. Il y a toujours l’inquiétude de perdre quelqu’un », énonce-t-elle.

« Nous essayons toujours de les orienter vers des ressources qui peuvent les aider », d’ajouter Jay.

L’une des difficultés qu’éprouvent nos travailleurs de rue c’est de trouver un logement pour les personnes aidées qui ont besoin de retrouver un peu de stabilité dans leur vie. « Nous devons trouver des endroits qui sont abordables, ce qui n’est pas toujours évident et aussi, des logements dans un milieu où ils ne se retrouveront pas confrontés à leurs problématiques de consommation, par exemple, ou encore qui sont susceptibles de les faire retomber dans la criminalité », explique Jay qui agit à titre de travailleur de rue depuis trois ans.

Parmi les gens rencontrés par Jay et Marilyne, on en retrouve autant avec un lourd passé criminel que des jeunes  homme et femmes, aux prises avec une consommation de drogues ou d’alcool, qui ont eu des enfants ensemble et qui, finalement, se séparent, laissant des enfants sous la responsabilité de la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse).

Si Jay et Marilyne peuvent intervenir pour aider notamment des jeunes aux prises avec un problème de dépression ou de dépendance, s’il se fait beaucoup de prévention à ce titre, il reste qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. « Il se fait beaucoup de prévention, mais les ressources pour les aider sont insuffisantes », déplore Jay.

Belle complicité

Même si les relations qui s’établissent entre les travailleurs de rue et les personnes aidées demeurent confidentielles, qu’il n’y a aucune dénonciation auprès des autorités policières, il n’en reste pas moins qu’il est important que l’organisme et les policiers développent une bonne relation.  « Les travailleurs de rue, s’ils se trouvent en un endroit où se déroule une descente de police, ils sont susceptibles d’être arrêtés au même titre que les autres. Ils ne sont pas immunisés », assure le directeur de L’Aiguillage. Mais dans un même ordre d’idées, John Gladu affirme que, dans Vaudreuil-Soulanges, on  est choyés. « On a une belle relation avec la Sûreté du Québec. Ils sont professionnels et ont, tout comme nous, une approche communautaire et très humaniste », assure le directeur de l’Aiguillage.

L’organisme, lors du dépôt du rapport annuel, a glissé dans le document le témoignage d’une jeune femme qui a pris le temps de transmettre toute la reconnaissance et l’admiration qu’elle voue aux travailleurs de rue qui lui ont permis de s’en sortir.

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