Le jazz au jasmin de Huu Bac

Photo Noelle Garnier

Le Festival international de jazz de Montréal, mentionne Huu Bac comme un artiste à surveiller. Le musicien hypnotise complètement les spectateurs avec son jeu impressionnant du dan bau, un monocorde vietnamien dont il est le seul joueur professionnel au Québec.  

C’est en formule quintet que le musicien campivallensien présentera sa musique le 2 juillet au Club Jazz Casino de Montréal à la place SNC-Lavalin, à l’angle de Bleury et René-Lévesque. Le spectacle est gratuit et débutera à 19 h. Huu Bac sera accompagné sur scène par Guillaume Martineau au piano, Zoé Dumais au violon, Olivier Babaz à la contrebasse et Etienne Mason à la batterie. Huu Bac Quintet est l’un des huit groupes en nomination pour le Grand prix de jazz TD. Le nom du gagnant sera dévoilé le 5 juillet en après-midi. Le récipiendaire aura la chance de jouer sur la scène principale du Festival.

« En faisant de la musique jazz, ç’a toujours été l’un de mes buts de jouer au Festival de jazz. Surtout avec mes compositions, c’est un de mes buts d’atteint », affirme Huu Bac, qui est très fier de faire partie de la programmation. Le Quintet sera aussi en spectacle à la salle Albert-Dumouchel, le 4 mars 2018, à 16 h.

Les deux spectacles seront un peu différents. Celui présenté à Montréal regroupera plus de pièces de son premier album On the steps of St-Paul, qu’il a commencé en 2012, mais qui sortira cet été. Celui qui sera présenté à Salaberry-de-Valleyfield pigera davantage de pièces dans son deuxième album prévu à l’automne et pour lequel il a reçu une bourse du Conseil des arts du Canada. Cependant, dans les deux cas le public aura droit à Sunshine on the Valley field, un morceau en hommage à cette ville où il a passé 16 ans de sa vie. « C’est un peu un remerciement aux gens qui nous ont aidés et accueillis les premières années », annonce Huu Bac.

Un parcours métissé

Aujourd’hui âgé de 38 ans, Huu Bac est arrivé au Québec en 1980, alors qu’il avait environ deux ans. Il est né au Vietnam de parents chinois, qui ont choisi de s’établir à Valleyfield, car un cousin lointain étudiait au Collège de Valleyfield. Sa famille faisait partie de la première vague de boat-people. L’artiste croit que la géographie et le temps permettent de nous définir.

« Il y a une part vietnamienne en moi, mais j’ai passé 16 ans de ma vie à Valleyfield et 20 ans à Montréal.  Montréal est une partie intégrante de mon parcours musical. C’est là que j’ai, d’abord, fait mes études en guitare jazz et que j’ai eu mes premiers contacts avec les autres cultures. Montréal est un personnage dans mon histoire, mais Valleyfield aussi. Les familles d’immigrants on les comptait sur les doigts d’une main. À la maison c’était vraiment la vie asiatique et dès que je sortais de la maison c’était 100 % québécois. J’ai eu une intégration plus facile avec la culture québécoise et moins la tentation de me ghettoïser », souligne Huu Bac.

Un artiste à surveiller

Huu Bac a d’abord commencé la musique en jouant de la guitare. Le destin la ensuite poussé vers l’apprentissage d’instruments particuliers tels que le dan bau, le erhu et la quena. Juste pour apprendre le dan bau, un instrument vietnamien millénaire, le musicien s’est appliqué pendant quatre ans en recevant, entre autres, les bons conseils de son maître Phan Duc Thanh.

« Ça m’a pris beaucoup d’années pour apprendre ces instruments-là, mais aussi à me familiariser avec les cultures. Mon but ce n’est pas juste d’apprendre où mettre mes doigts, c’est aussi de faire un dialogue de cultures », de raconter le musicien.

Ses études, ses voyages et la vie se sont chargés de forger le musicien qu’il est aujourd’hui. Huu Bac a trouvé un style bien à lui. Il fait du jazz avec des sonorités vietnamiennes et chinoises. Ce qu’il appelle du jazz au jasmin. Bien qu’il se sente vraiment Nord-Américain, il porte fièrement la tradition millénaire vietnamienne.

«  Peu importe d’où l’on vient, on peut faire notre place en étant créatif. Au Vietnam, les instruments traditionnels sont en chute libre. Les Vietnamiens sont étonnés de voir, d’abord, quelq’un qui en joue professionnellement à l’extérieur du Vietnam, mais quelq’un de relativement jeune, en plus. Mon maître est très fier, car cela a toujours été l’un de ses buts de montrer le dan bau à l’extérieur de la culture vietnamienne», ajoute le musicien, qui vise maintenant d’exporter sa musique à l’international.

« J’ai des choses qui se dessinent aux États-Unis. J’aimerais beaucoup jouer au Vietnam et en Chine. Mes parents seraient très fiers. Ils ont quitté le Vietnam dans une période très trouble. Ça serait une belle façon de boucler la boucle et de se réconcilier avec les conflits de l’histoire », conclut le musicien.

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