Le côté sombre de Saint-Polycarpe

Le quai de Saint-Zotique où s’est déroulé le premier drame impliquant le Tuxedo Kid. Photo Courtoisie Raymond Ouimet

Un écrivain gatinois, Raymond Ouimet,  vient de publier un livre racontant l’histoire de Tuxedo Kid, un criminel que l’auteur se plaît à décrire comme un Arsène Lupin avec une arme à feu.

Cet homme, Léo-Rhéal Bertrand, a marqué l’imaginaire du public, mais s’il est si intéressant pour les gens d’ici, c’est qu’il est originaire de Saint-Polycarpe. Soupçonné du meurtre de sa première femme, il évite finalement l’échafaud, mais lorsque sa deuxième épouse passe de vie à trépas, là, il ne peut esquiver son rendez-vous ultime avec le bourreau et il est pendu.

Histoire d’un criminel notoire

Homme à femmes, beau bonhomme, reconnu pour son smoking noir, sa chemise blanche et son nœud papillon, ce sont les journalistes anglophones qui le surnommèrent Tuxedo Kid. « Après son mariage avec Rose-Anna Asselin,  il est allé s’installer à Ottawa avec sa femme qui elle, venait de Sainte-Justine de Newton où elle travaillait comme téléphoniste. Elle savait pertinemment bien qu’il n’était pas un saint », relate Raymond Ouimet d’entrée de jeu. Évidemment, il est retourné souvent à Saint-Polycarpe sur le rang Sainte-Marie pour visiter sa famille, lui qui était le benjamin d’une famille de 11 enfants.

Raymond Ouimet raconte que, tard dans la soirée du 20 décembre 1934, Léo-Rhéal Bertrand, 21 ans, surgit du quai municipal de Saint-Zotique au pas de course. Il frappe à la porte de la première maison en criant : « Venez vite, mon char se balance dans le vide au bord du quai ; si je puis avoir une autre personne pour m’aider, je pourrai peut-être sauver ma femme qui est dans l’char. » Rose-Anna, incapable de s’extirper du véhicule, meurt noyée. Lui s’en sort indemne et demande à être conduit chez sa famille à Saint-Polycarpe. « Il s’est inquiété beaucoup plus de l’état de sa voiture que de la situation de sa femme se demandant si l’huile et l’essence pouvaient être récupérées », raconte Raymond Ouimet.

Peu de temps avant sa mort, Rose-Anna avait contracté une assurance-vie de 5 000 $ et 10 000 $ pour une mort accidentelle.  C’était beaucoup d’argent à cette époque. Il n’en fallait pas plus pour que de lourds soupçons pèsent sur le Tuxedo Kid. Accusé de meurtre, il s’en tire finalement au procès où il est déclaré non coupable. « Il y avait un doute raisonnable et il faut dire aussi que l’avocat de la défense a été bien meilleur que celui de la couronne. On parle aussi d’un possible faux témoignage », de commenter Raymond Ouimet. Ainsi commence le récit de la vie criminelle de ce personnage. .

Famille honorable et bien vue

La famille de Tuxedo Kid a été entachée par les gestes du dernier de la famille. « C’était une belle famille, une famille honorable, et Léo-Rhéal en était le mouton noir, si l’on peut dire », mentionne l’auteur.

Mouton noir en effet. Car, outre les deux événements avec ses deux épouses, il a été condamné à 15 ans de prison et incarcéré avec un complice à la prison de Kingston en Ontario pour le braquage d’une banque. Il passera finalement 12 ans en prison.

Une fois, pas deux

Plus d’une quinzaine d’années plus tard, au début des années 1950, Bertrand se remaria à Rosa Trépanier.  Il était alors âgé de 39 ans alors que celle-ci en avait 55.  « Établie dans la capitale fédérale depuis son mariage, elle possédait des biens évalués aux environs de 35 000 $, ce qui n’est pas peu quand on sait qu’une maison se vend alors dans les 5 000 $. Ses propriétés lui rapportent près de 3 000 $ annuels bruts », de décrire Raymond Ouimet.

Le 10 novembre 1951, Rosa perdit la vie dans l’incendie d’un chalet de chasse situé au lac Sainte-Marie, à une soixantaine de milles au nord de Hull, en Outaouais.   Il n’en fallait pas plus pour que les enquêteurs soupçonnent que Léo-Rhéal  Bertrand ait mis le feu pour encaisser l’héritage.  Du corps de Rosa, on ne retrouva que des fragments d’os et des cendres.

Au procès du meurtre de sa deuxième femme, il a trébuché à plusieurs reprises. « Le Tuxedo Kid a fait plusieurs erreurs au cours du procès et là, il ne pouvait s’en sortir », de rappeler Raymond Ouimet. Reconnu coupable du meurtre de sa deuxième femme en 1951, il est pendu à la prison de Bordeaux en 1953.

L’ouvrage de Raymond Ouimet « Tuxedo Kid : La beauté du diable » édité chez Septentrion est maintenant disponible dans toutes librairies et se lit comme un véritable roman avec beaucoup plus de détails.

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