Inondations printanières 2017: Hydro-Québec se défend

La pétition qui circule actuellement sur le site de l’Assemblée nationale réclamant une enquête publique sur la gestion des barrages pendant les inondations a eu l’heur de déplaire grandement à Hydro-Québec.

Accusée de n’avoir pas géré efficacement les débits d’eau au cours du printemps, ce qui a causé une crue importante des eaux, la société d’État a tenu à remettre les pendules à l’heure.
« D’abord, il faut préciser que la plupart des ouvrages d’Hydro-Québec dans les zones où des citoyens sont victimes d’inondations sont des centrales au fil de l’eau et non des centrales avec réservoirs. Les centrales au fil de l’eau ne sont pas faites pour retenir de l’eau, mais plutôt pour turbiner l’eau qui s’écoule naturellement sur les rivières, précise Mathieu Rouy, porte-parole d’Hydro-Québec d’entrée de jeu. Leurs vannes peuvent permettre de retenir une petite quantité d’eau et pendant quelques heures. Il arrive que les vannes soient fermées et dans le cas qui nous occupe, on aurait pu donner un répit et retenir l’eau pendant un temps, mais là il y avait trop d’eau et il aurait fallu, un moment donné, ouvrir les vannes au complet, ce qui aurait empiré la situation », de poursuivre Mathieu Rouy. Autrement dit, en situation de crue printanière, cela correspondrait à donner un bref répit pour ensuite devoir envoyer davantage d’eau en aval. Il n’est donc pas possible de fermer les vannes. Retenir l’eau aura contribué à endommager sérieusement la centrale, selon lui.

Pas d’improvisation

Ceux qui gèrent les barrages et les centrales n’improvisent jamais et tout est planifié avec sérieux et compétence. Dès le mois de janvier, le travail de gestion en prévision des crues printanières débute. « On peut avoir une certaine influence grâce à nos réservoirs plus au nord. En hiver, on baisse le niveau de nos réservoirs pour faire de la place aux crues printanières, ce qui nous a permis d’accumuler de grandes quantités d’eau et de réduire le débit en aval ce printemps. Mais les barrages ne peuvent pas être fermés complètement. Il faut trouver un juste milieu quant à l’impact qu’aura le débit des rivières à court et moyen terme », explique Marie Beaumont, ingénieure chez Hydro-Québec.
Voici, à titre d’exemple, les superficies de réservoirs nordiques en comparaison au réservoir Baskatong qui, lui, est vidé chaque hiver pour faire de la place en vue des crues printanières.
La superficie du bassin de Manic-5 est de 24 608 km et son volume d’eau est de Volume : 35 170 hm3 tandis que celui de Caniapiscau a une superficie 37 328 km pour un volume : 39 009 hm3 et finalement, le bassin de Baskatong a une superficie de 13 057 km et pour contenir un volume de 3050 hm3.
Ce qu’il faut aussi retenir, c’est que les ouvrages d’Hydro-Québec contribuent à améliorer la gestion du débit dans les rivières, sans eux, la situation des inondations serait pire. Mais leur influence sur le débit des cours d’eau est limitée. « Au cours de la période de pointe au printemps, dès que la fonte des neiges débute et que la pluie se met de la partie, la crue est gérée tous les jours avec la collaboration d’hydrologues, de météorologues et d’ingénieurs, mentionne Marie Beaumont. Cette année est vraiment exceptionnelle, la crue a été très importante, on n’avait pas vu cela depuis 40 ans », rappelle-t-elle. Quand on parle de limites…
« Grâce à nos gros réservoirs, on contrôle entre 20 % et 40 % de l’apport en eau. Cela signifie qu’entre 60 % et 80 % des précipitations et de l’eau provenant de la fonte des neiges s’écoulent sans entrave jusqu’aux zones habitées. Les mesures qu’Hydro-Québec peut prendre ont donc un impact limité, étant donné le printemps pluvieux que l’on a connu (record de précipitations) et les grandes quantités de neige accumulées pendant l’hiver », énonce-t-elle.
Le débit du réservoir Baskatong n’a jamais été complètement fermé au cours du printemps, sinon ce dernier aurait été plein dès la première semaine de mai et les débits auraient été de plus de 1500 m/s au plus fort de la crue printanière, en comparaison à des débits d’environ 500 m/s dans le cadre des opérations d’Hydro. « Au réservoir Baskatong , on peut mettre 3000 hectomètres cubes dans le réservoir, alors qu’il en est rentré 5000 avec ce qui est tombé. On ne pouvait donc le fermer, il faut laisser s’écouler l’eau. En pointe de crue, il entrait 1800 mètres cubes par seconde, on en sortait 500. Il faut toujours en sortir un peu sinon cela déborderait et le niveau maximum serait atteint rapidement. L’eau retenue au réservoir Baskatong a soulagé de 40 à 50 cm les niveaux d’eau près de Montréal et de près de 3 mètres dans les villes longeant la rivière Gatineau. Donc, si l’on n’avait pas fait cela, il y aurait eu trois mètres d’eau de plus qui seraient arrivés chez les sinistrés », résume Marie Beaumont.

Cela étant dit, la société d’État n’aura guère de difficulté à démontrer que tout ce qui devait être fait a bel et bien été fait pour minimiser l’impact des inondations.

 

 

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