Hommage aux petits combattants

En l’honneur de tous les bébés miracles, quelques mamans ont tenu à partager leur histoire à l’occasion de la Journée mondiale de la prématurité qui se tient annuellement le 17 novembre.

Le 24 juillet 2017, Evany Crépeault a accueilli, beaucoup trop tôt, son premier bébé, Zoé. Ce n’est qu’à 25 semaines de grossesse que la jeune femme devenait officiellement maman.
Evany a connu un décollement placentaire rapidement dans sa grossesse, mais tout semblait normal, selon le docteur. « J’étais juste fatiguée. On a eu l’échographie de 20 semaines et tout était normal. On a appris que c’était une petite fille et on était très contents », se rappelle la jeune femme originaire de Rivière-Beaudette.
Plus tard, une complication s’est manifestée et a forcé Evany et son conjoint Guillaume à se rendre à l’hôpital. On lui a diagnostiqué un col incompétent, ce qui signifie que le poids du bébé exerçait une pression sur le col, qui s’ouvrait tranquillement. « Le bébé était en danger de sortir », explique-t-elle. La future maman a donc passé une dizaine de jours alitée, les jambes surélevées afin de garder bébé en sécurité le plus longtemps possible. Or, l’équipe médicale a dû procéder à une césarienne d’urgence quelques jours plus tard, puisque la situation semblait affecter le petit cœur de Zoé.
Par la suite, la fillette a passé deux semaines intubée. Elle a dû demeurer hospitalisée 93 jours et une machine l’a aidée à respirer pendant sept semaines. Durant cette période interminable, le couple multipliait les allers-retours entre l’hôpital de Montréal pour enfants et leur maison de Vaudreuil-Dorion. « C’était la pire sensation, surtout la première nuit. Tu as les hormones qui te chatouillent les émotions. Tu retournes chez toi pas de bébé en sachant qu’il pourrait lui arriver n’importe quoi. C’est atroce, mais tu sais qu’elle est en bonnes mains, s’il arrive quoi que ce soit », raconte Evany, encore ébranlée par cette douloureuse épreuve.
Toutefois, elle se compte chanceuse d’avoir vécu cette expérience avec son premier enfant. Elle s’imaginait difficilement passer tout son temps à l’hôpital alors qu’un autre enfant l’attendait à la maison.

Bébé en santé

Zoé, qui a quitté l’hôpital il a environ deux semaines, se porte à merveille. Elle est toujours gavée par un tube, mais se nourrit également à l’aide du biberon. Elle n’a gardé aucune séquelle de sa naissance précoce. La fillette a affronté cet obstacle et s’en est sortie indemne. Tout un accomplissement, et surtout toute une chance, selon sa maman. « C’est un bébé facile. Mais elle a de la difficulté à dormir dans le silence », explique Evany, précisant que la petite s’est habituée rapidement à de l’action constante et de nombreux bruits.
Pour la suite, le bébé est suivi chaque semaine en néonatalogie. On lui administre encore de la caféine afin de stimuler sa respiration. Pour le moment, les parents doivent tenir compte de deux âges pour Zoé : son âge réel et son âge corrigé. Après deux ans, ces deux chiffres se rejoignent et le développement de l’enfant suivra son cours normal.
Par ailleurs, si le couple souhaite agrandir la famille, Evany devra subir la procédure du cerclage du col de l’utérus, ce qui refermera artificiellement et temporairement le col afin qu’elle poursuive sa grossesse sans danger. À 36 semaines, lorsque le bébé est bien formé, le cerclage est retiré.

 

Bryanna, née à 29 semaines

Vanessa a donné naissance à Bryanna le 24 novembre 2016, à 29 semaines. Ayant jusque-là une grossesse normale, elle s’est levée un matin, a remarqué quelques saignements puis a devancé son rendez-vous chez son médecin. Rendue à l’hôpital, la réceptionniste a dû aider la patiente à se rendre à une chambre, celle-ci ayant perdu ses eaux dans l’ascenseur. Vanessa raconte qu’une pré-éclampsie n’aurait pas été détectée.
La petite pesait 1440 g, mais a rapidement atteint un frêle 1100 g. Elle aurait dû naître le 7 février 2017. Aujourd’hui âgée d’un an, son âge corrigé n’est que de neuf mois. Elle est toujours suivie à l’hôpital Maisonneuve-Rosement, où elle a vécu deux mois avant d’être transférée à l’hôpital de Valleyfield. Les parents de Bryanna, de Saint-Lazare, ont dû voyager quotidiennement pendant de longues semaines, partageant leur temps entre la chambre de bébé à l’hôpital et la maison, où trois autres enfants attendaient impatiemment leur nouvelle petite sœur. « C’était vraiment compliqué. Dans la journée j’allais allaiter et je tirais mon lait pour qu’ils puissent la nourrir quand je n’étais pas là. »
Deux fois plutôt qu’une
Pour sa part, Véronique a vécu l’expérience à deux reprises. Deux bébés prématurés. Noah est né à 32 semaines, et pesait 1880 g. Il a maintenant cinq ans et fréquente la maternelle. Son petit frère Nathan, aujourd’hui âgé de trois ans, est né un peu plut tôt, à 28 semaines et enregistrait un poids plume de 1178 g. Ce dernier a surmonté plusieurs complications qui l’ont consigné loin du nid familial, aux soins intensifs, pendant plus de trois mois. À 8 jours, on a dû le réanimer. Le poupon a subi 6 transfusions sanguines. « Ça a été la plus grosse épreuve de ma vie, mais ça m’a transformée en tant que personne. Ce sont mes petits miracles qui m’ont poussée à faire un changement de carrière et de retourner à l’école en soins infirmiers. J’ai découvert une passion pour les prématurés et leur force de vivre », explique celle qui entrera sous peu en poste dans une unité de naissance.

Un ange veille sur Émile

Il y a 11 ans, Sandra, son conjoint et leur petit bonhomme de deux ans et demi attendaient la venue de la cigogne.
Enceinte de 16 semaines, après avoir observé des douleurs au ventre anormales, Sandra apprend qu’elle attend des jumeaux identiques. Une bonne nouvelle! La grossesse suit son cours. À l’hôpital Sainte-Justine, lors d’un rendez-vous de suivi, on lui annonce que les bébés ont développé le syndrome transfuseur-transfusé. Petit Alexis donnait tout à son frère. « À 24 semaines, j’en avais perdu un. Ensuite le corps a réagi, les contractions ont commencé », se rappelle Sandra.
Elle a accouché d’Émile naturellement, à 25 semaines et 4 jours. À 11 jours de vie, le poupon a attrapé le Pseudomonas aeruginosa, une bactérie dans l’eau de l’hôpital qui a infecté une cinquantaine de prématurés en 2004 et 2005. Faible et frêle, Émile ne répondait pas au traitement. « Il ne respirait plus tout seul. On était rendus au dernier médicament », relate Sandra. Contre toute attente, son état s’est amélioré. La famille a pu accueillir Émile à la maison trois mois plus tard. À sa sortie, les rendez-vous médicaux se suivaient.
Avec du recul, la maman de deux magnifiques petits garçons se demande comment elle a pu passer à travers ce mauvais moment. « J’allais porter Xavier à la garderie et ensuite j’allais à l’hôpital. Papa y allait les soirs et fins de semaine. Et on n’avait pas le droit de dormir au manoir, parce qu’on est trop proches », explique-t-elle, ajoutant que cette étape s’est vécue en famille.
Sandra n’a jamais vu Alexis. On lui a offert à maintes reprises, sous prétexte que son deuil serait plus facile. Comme elle ignorait si Émile allait survivre, elle a plutôt choisi de lui accorder toute son attention, espérant de tout cœur qu’il s’en sorte rapidement. « Alexis a été enterré avec les petits anges de Sainte-Justine. Deux ans plus tard, c’est là qu’on a fait notre deuil. »
Aujourd’hui considéré petit pour son âge, bien qu’en pleine santé, Émile sait qu’il a perdu son jumeau. Même si le concept peut être abstrait, le jeune homme garde en tête que son frère l’accompagnera toute sa vie.

À propos de l'auteur

Myriam Delisle

Journaliste

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