Écluses de Pointe-des-Cascades : Comment vaincre la témérité des baigneurs ?

La noyade survenue cette fin de semaine aux écluses de Pointe-des-Cascades relance les discussions sur la façon de mettre un terme aux tragédies qui surviennent chaque année à cet endroit. Propriétaire des écluses, la balle est dans le camp du MTQ.

Recherches de la SQ

En fin d’après-midi le 22 juillet, deux hommes s’amusaient à sauter dans les eaux du dernier bassin des écluses du canal Soulanges à Pointe-des-Cascades, là où la baignade est interdite.

L’un des hommes n’est jamais remonté à la surface après un saut. Son ami a tenté de lui porter secours, en vain. Il a joint la Sûreté du Québec (SQ) qui a rapidement amorcé les recherches avec l’aide des pompiers de Pointe-des-Cascades et de Pincourt.

Le corps de l’homme a été retrouvé par les plongeurs de la SQ vers 13 h le 23 juillet après d’intenses recherches.

Dans les jours qui ont suivi, la SQ a été en mesure de confirmer l’identité de la victime. Il s’agit de Julian Espinosa Flores, 37 ans, originaire du Mexique.

Un problème récurrent

L’annonce du tragique incident sur les réseaux sociaux a fait grand bruit. En effet, plusieurs internautes se sont dits consternés qu’un décès de plus soit survenu à cet endroit pourtant connu pour ses dangers insidieux.

« Très triste! Le problème, c’est que les gens pensent que les noyades n’arrivent qu’aux autres et qu’ils sont invincibles », écrit une internaute. Une autre y va d’une proposition : « Une pancarte indiquant les années et le nombre de décès pourrait être une sensibilisation choc ». D’autres évoquent le triste souvenir d’un proche qui a péri au même endroit dans les dernières années. Le sujet fait couler beaucoup d’encre et constitue un dossier majeur pour la région.

Dans les dernières années, de nombreux cas de blessures mineures ou graves, ainsi que plusieurs décès ont été enregistrés sur le site. VIVA média sera en mesure de diffuser des statistiques en ce sens dans les jours ou les semaines à venir, grâce au concours du Service des incendies de Pointe-des-Cascades.

L’état des lieux

Les affiches du MTQ aux abords des deux derniers bassins sont en piteux état. PHOTO VIVA

Lors d’une visite des lieux, les journalistes de VIVA média ont constaté l’état des lieux.

Les premiers bassins de l’écluse sont bien clôturés et la signalisation de baignade interdite y est visible et claire. Les traces de présence humaine sont moins importantes aux abords de l’eau.

Toutefois, l’état des choses est fort différent pour les deux derniers bassins, où l’on peut se rendre par les sentiers du parc. Il y a plusieurs accès directs à l’eau qui ne comportent ni clôture, ni signalisation. Plusieurs affiches du Ministère des Transports signalant la baignade interdite sont envahies par la végétation, jetées par terre ou maculées de graffitis. Il est facile de se rendre à l’eau sans embûches; il est même dangereux d’y tomber par inadvertance. Il y a énormément de déchets qui jonchent le sol et de graffitis, démontrant que l’achalandage est beaucoup plus important à cet endroit.

Une question de juridiction

La Ville de Pointe-des-Cascades, pour sa part, fait tout en son possible pour gérer une situation fort complexe, puisque l’écluse est une propriété du Ministère des Transports (MTQ). Elle ne peut prendre d’initiatives, ni soumettre le site aux réglementations municipales. Il s’agit d’un terrain privé hors de sa juridiction.

La Ville a tout de même agi dans la mesure de sa juridiction. Elle a clairement indiqué sur l’affiche qu’aperçoivent tous les automobilistes à l’entrée du parc que la baignade est interdite sur l’ensemble du site.

Des intervenants proactifs

Pour le maire de Pointe-des-Cascades Gilles Sansterre et son conseil municipal, et pour les agents locaux de la Sûreté du Québec, trouver des solutions permanentes pour éviter les incidents aux écluses constitue une priorité majeure depuis quelques années. D’un côté comme de l’autre, des idées faciles à mettre en place et peu coûteuses ont été proposées et des perches ont été tendues au MTQ. Pourtant, rien ne bouge.

« Un décès est un décès de trop. Il y a beaucoup d’améliorations à faire sur ce site. Il faut agir. Au-delà des décès, il y a aussi des gens qui se blessent et qui en conserve de graves séquelles, et il y a aussi un coût financier important pour la communauté en raison des ressources déployées lors des interventions de sauvetage », indique le maire.

Malgré l’inaction du MTQ, le maire Sansterre note une amélioration de la situation grâce à la proactivité des agents locaux de la SQ. « Dans les dernières années, les agents sont vraiment plus présents sur les lieux. Ils ont exprimé un réel désir d’améliorer la sécurité et prennent des initiatives. On note d’ailleurs une amélioration dans le nombre d’incident et d’intervention par rapport à l’an dernier », indique le maire.

Des agents sensibilisés

L’eau en apparence calme offre un faux sentiment de sécurité, car les courants sont bien présents au fond. PHOTO VIVA

En effet, dans les dernières années, les agents du poste Vaudreuil-Soulanges Est ont identifié la baignade interdite aux écluses de Pointe-des-Cascades comme une problématique majeure et ont mis en place des actions concrètes, dans la mesure de leur juridiction.

« Nos agents se rendent régulièrement sur place pour sensibiliser les gens qui s’y trouvent. Il y a aussi des bénévoles à vélo qui s’y rendent pour conscientiser les baigneurs sur les dangers réels de l’endroit », laisse savoir Jason Allard de la Sûreté du Québec.

Pour faire comprendre les dangers d’incidents, les agents insistent sur le caractère imprévisible des courants. « Puisqu’on se trouve dans une écluse, il suffit d’un petit changement dans les débits sur l’ensemble des plans d’eau pour créer des courants de fonds qui empêchent les baigneurs de remonter à la surface. Il faut aussi comprendre que de nombreux troncs d’arbres et autres objets s’accumulent dans les bassins. Le danger réel n’est pas visible et cela donne une fausse apparence de sécurité », ajoute-t-il.

Témérité dangereuse

PHOTO VIVA

« La sensibilisation fonctionne, mais elle possède certaines limites. Par exemple, les campagnes de sensibilisation pour la sécurité sur les routes se multiplient, mais il y a toujours des accidents liés à l’alcool, à la vitesse ou à l’usage du cellulaire au volant. On ne peut pas vaincre la témérité de tous avec la sensibilisation », note Gilles Sansterre, maire de Pointe-des-Cascades.

Pour le maire de Pointe-des-Cascades, la témérité des jeunes et la rapidité avec laquelle l’information circule sur les réseaux sociaux constituent des problèmes majeurs. « Les jeunes sont souvent à la recherche de sensations fortes. Sur les réseaux sociaux, ils font la promotion de l’endroit et des jeunes de partout viennent sur place après en avoir entendu parler sur le web. C’est un facteur humain sur lequel il est très difficile d’agir », dit-il.

Actions à prendre

« Dès que j’ai entendu la nouvelle, j’ai fait des appels. Je veux rencontrer les différents acteurs impliqués dès le retour des vacances. Je souhaite mettre une priorité là-dessus. S’il faut une enquête du coroner pour mettre le doigt sur le problème et le régler, c’est ce qui sera fait », a laissé entendre le maire Gilles Sansterre.

Du côté du MTQ

Une demande d’entrevue a été logée auprès du MTQ par VIVA média. Un représentant nous a indiqué devoir faire quelques recherches supplémentaires avant de pouvoir répondre à nos questions. Un autre article en ce sens suivra.

 

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Journaliste

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