Carrés jaunes : La lutte pour l’égalité

Un nouveau mouvement étudiant gagne de plus en plus de militants dans les écoles secondaires du Québec dans les dernières semaines : les carrés jaunes. Le principal objectif de ce mouvement est de mettre en lumière le caractère hypersexualisant du code vestimentaire.


Joss Leblanc, un étudiant de secondaire 4 à l’École secondaire du Chêne-Bleu de Pincourt, a joint VIVA média dans le but de faire connaître le mouvement qui prend de l’ampleur chaque jour.

Le jeune homme est grandement engagé dans la cause, et agit à titre de porte-parole pour l’ensemble de l’ouest du Québec.

Naissance du mouvement

Le mouvement des carrés jaunes a été lancé par Célestine Uhde et Gaëlle Grimard, deux étudiantes de l’école secondaire Joseph-François-Perrot, à Québec. Il fait suite à la réflexion de Célestine Uhde au fait que les codes vestimentaires scolaires, qui visent majoritairement les femmes, sont sexistes et hypersexualisant, en plus de contribuer à faire la promotion de la culture du viol.

Joss Leblanc

« Le code vestimentaire de la commission scolaire des Trois-Lacs empêche entre autres les femmes de porter un vêtement qui dévoile l’épaule. Pourtant, il n’y a rien de sexuel dans une épaule. Le fait de forcer les femmes à se couvrir la peau et à cacher leur silhouette, cela équivaut à dire que plus on voit de la peau ou des formes, plus c’est sexualisant », explique Joss Leblanc.

S’appuyant sur cette prémisse, le jeune homme explique en quoi le code vestimentaire contribue à faire la promotion de la culture du viol : « Le code sous-entend que si une fille dévoile de la peau ou des formes, qu’il s’agit d’un geste sexuel et qu’il est donc normal d’avoir une pulsion sexuelle qui peut aller jusqu’au viol », ajoute-t-il.

Bien au fait du dossier, Joss Leblanc a fait la lecture de plus de 75 jurisprudences en lien avec des procès pour viol. « Dans la grande majorité des cas, les accusés mettent de l’avant la “défense de la nécessité”. Ils disent que le viol était inévitable pour faire comprendre à la victime qu’elle était habillée de manière trop sexuelle. J’ai lu dans certaines défenses que des hommes ont soulevé le fait qu’ils ont appris à l’école que lorsque les filles s’habillent de cette façon, c’est que ce sont des prostituées », partage le jeune homme engagé.

 

Revendications

Les militants des carrés jaunes croient donc qu’il est grandement temps d’ouvrir les discussions pour actualiser le code vestimentaire dans les écoles du Québec.

Le but n’est pas d’abolir le code et de permettre tous les excès, mais bien de modifier les codes actuellement en place, en prenant en considération le décorum essentiel à la vie scolaire. « Nous souhaitons principalement exposer notre vision et amorcer un dialogue avec les différentes instances scolaires. Nous visons la bonne entente et la modification des perceptions. Nous voulons être pris au sérieux, car le sujet nous tient à cœur », expose d’emblée Joss Leblanc.

Le jeune homme insiste d’ailleurs sur le fait que le mouvement des carrés jaunes n’encourage absolument pas les étudiants à enfreindre le code pour se faire entendre. « Ce n’est pas du tout l’approche que nous privilégions », précise-t-il.

Les écoles secondaires du Chêne-Bleu, de la Cité-des-Jeunes et de Soulanges ont actuellement chacune une représentante terrain du mouvement, qui a pour mandat de mobiliser les étudiantes et les étudiants. Une autre représentante a été nommée pour l’ensemble de la commission scolaire; Charlotte Traverse. Cette dernière a pour mandat d’ouvrir la discussion avec les commissaires scolaires.

L’objectif global est de permettre à toutes les écoles secondaires mobilisées d’amorcer les discussions et de négocier à la pièce les modifications au code vestimentaire qui reflètent la réalité de sa population étudiante.

« Les réalités sont différentes, car les codes ne sont pas les mêmes selon les établissements. Par exemple, à l’école Joseph-François-Perrot de Québec, un règlement exige que les étudiantes portent une brassière en tout temps. Dans d’autres écoles, les filles doivent porter un chandail qui couvre les fesses. Ici dans la région, les leggings sont interdits. Pourquoi les femmes doivent se cacher? », se questionne Joss Leblanc.

Un autre élément de revendication central du mouvement est l’intégration d’un cours d’éducation sexuelle de 75 minutes dans la grille horaire à chaque cycle. « Le but serait d’aborder différents phénomènes comme le proxénétisme et les agressions. Ce serait bien d’avoir des personnes ayant vécu ces réalités qui viendraient témoigner dans ces cours », ajoute Joss Leblanc.

 


« On nous dit : “Vous êtes des jeunes, vous voulez juste vous habiller sexy”. Ce n’est pas ça du tout. Nous sommes l’avenir. Nous sommes jeunes, mais nous ne sommes pas immatures. Nous faisons beaucoup de recherche et réfléchissons avant de parler »

 

Réception

Les représentants du mouvement évaluent positivement l’évolution de la démarche entreprise dans les dernières semaines. « Au niveau des étudiants, le mouvement est très bien reçu. Les professeurs, même les hommes, sont à l’écoute et s’impliquent. Nous avons même reçu avec surprise des commentaires positifs de parents. Le soutien global est essentiel, car il faut un changement collectif », explique le jeune homme.

Le porte-parole pour l’ouest du Québec compte aussi tisser des liens avec la sphère politique. Il souhaite rencontrer la députée de Vaudreuil Marie-Claude Nichols, et il laisse entendre que le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx se montre ouvert aux discussions.

Le jeune homme indique toutefois que le lien avec la commission scolaire des Trois-Lacs est difficile. « C’est difficile de faire changer les mentalités à ce niveau-là. La commission scolaire est réticente aux changements. Ils sont très fermés. Nous n’écartons pas le recours éventuel aux tribunaux pour faire valoir nos droits », lance Joss Leblanc.

« La cause me tient vraiment à cœur. Pour moi, les femmes doivent être égales aux hommes dans la société. Ici au Québec, et partout dans le monde. Tout le monde devrait avoir les mêmes droits, et c’est pour ça que je m’implique », conclut le brillant jeune homme.

Il est possible de suivre le mouvement des carrés jaunes sur Facebook et sur Instagram (@carrejaunecstl).

 

 

 

 

 

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Journaliste

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