Au revoir monsieur le maire

Pendant 22 ans, sept jours par semaine, du matin à très tard le soir, Denis Lapointe a revêtu ses habits de maire. Être le premier citoyen de Salaberry-de-Valleyfield a été un grand bonheur, mais l’homme de 67 ans a choisi de tirer sa révérence et de penser un peu à lui et à sa famille.

« Un bon dimanche, je marchais le long du canal avec mon petit-fils dans le carrosse. J’ai marché une demi-heure et je me suis mis à jaser avec lui. Quand j’ai fini ma marche, je me suis dit : ça, je veux faire ça », dévoile le maire.

La fonction de maire c’est plus que lire de la paperasse au bureau, prendre des décisions ou de serrer des mains lors des événements. C’est, avant tout, être à l’écoute de ses citoyens. Et les confidences des citoyens peuvent surgir aussi bien à l’épicerie que lors d’un souper en tête à tête au restaurant.

Cela est sans compter les appels à toutes heures du jour, de la pagette pour les urgences, des courriels et des messages sur les réseaux sociaux. Denis Lapointe l’avoue cela a bien changé entre son arrivée en politique et sa sortie. « Aujourd’hui, avec les médias sociaux, les gens s’attendent à recevoir une réponse dans les 10 minutes suivant un message », confie le maire, révélant que le rythme de la fonction est difficile à soutenir.

Il avoue qu’il trouvera pénible de ne plus recevoir les bonjours quotidiens du personnel de l’hôtel de ville. Le plus dur, selon lui, est de quitter ceux qu’il aime. Les employés sont une deuxième famille. L’hôtel de ville une deuxième maison. Cependant, la fonction de maire est rude sur la vie de famille et les relations amicales. En jetant un regard sur le passé, Denis Lapointe regrette-t-il d’avoir été absent pour sa famille à certains moments?

« Quand j’ai été élu maire, les filles étaient jeunes. Souvent, je n’étais pas là dans certains événements ou bien je n’étais là que quelques minutes. Pour les tiens, tu n’es pas là », exprime avec regret Denis Lapointe, qui se remémore aussi être arrivé trop tard au chevet de sa mère et aussi de son père pour leur dire un dernier au revoir parce qu’il était sur d’autres obligations.

L’heure du bilan

Quand il est arrivé au pouvoir en 1995, Salaberry-de-Valleyfield vivait une période morose. Avec la fermeture de la Goodyear en 1992, il y avait eu 1000 emplois perdus ce qui avait enclenché une vague de faillites, de divorces et de suicides.

Denis Lapointe arrivait du milieu des affaires et il se donnait l’objectif d’arrêter le déclin. Il a été élu comme maire au sein de l’ancien conseil qui avait été réélu. Le nouveau maire a chamboulé quelque peu la dynamique. Il se souvient que les premiers mois ont été difficiles pour l’apprentissage.

« Au niveau de la fonction publique, je dérangeais un peu. Le directeur général était, à l’époque, le conseiller politique du conseil. Dans ma tête, il fallait séparer ça. Le conseiller politique du conseil c’est le maire. Je faisais des huis clos avec le conseil, ce qui ne faisait pas l’affaire de la direction générale », se souvient le maire. Après le départ de ce directeur général, la dynamique a changé. Le maire a aussi décidé de partager le pouvoir avec les autres élus en amenant les commissions de travail présidées par les membres du conseil.

Parmi tous les projets qu’il a menés, le maire sortant reste très attaché au projet de bibliothèque. C’était son tout premier projet et il s’inscrivait dans la trilogie culturelle : le savoir (bibliothèque), l’expression (salle de spectacles) et la mémoire (le musée), à la base de la politique culturelle de la Ville.

Quand on lui demande de parler de moments et de dossiers importants de ses 22 années au pouvoir, Denis Lapointe se remémore le regroupement municipal de Grande-Île, Saint-Timothée et Salaberry-de-Valleyfield en 2002, ce qui a formé la nouvelle ville comme on la connaît aujourd’hui. Les trois municipalités avaient discuté ensemble pour s’entendre sur comment amalgamer la gouvernance avant même la Loi du gouvernement du Québec.

Du côté économique, le déploiement du port est très précieux aux yeux de l’élu. « Le Port était déficitaire. On a fait un virage en mettant en place de nouveaux joueurs au conseil d’administration, qui ont commencé à diriger le port comme une business. Du déficit, on est passés à des excédents budgétaires. Ces excédents, aujourd’hui,  viennent aider la Municipalité à boucler ses budgets. On est devenu un carrefour logistique incontournable au sud-ouest du Québec », explique le maire.

Le sourire

Le maire est très fier de ce qu’est devenue sa ville. Il croit fermement que cette fierté, les citoyens la vivent eux aussi. « Les gens étaient tristes et anxieux. Les jeunes partaient parce qu’il n’y avait pas d’avenir. Lentement, mais sûrement la population a retrouvé le sourire. On a aussi embelli la ville. Et quand c’est beau, on est fiers. S’il y a un héritage qui est ressorti de ces 22 années, c’est sans doute ça », dit celui dont le sourire est la marque de commerce.

« C’est trop plate la vie quand on ne sourit pas. Je suis un homme heureux, heureux des rencontres et du métier que je fais. Je n’aurais pas rêvé de rester aussi longtemps », souligne le maire. Ce qui ne l’a pas empêché de vivre des moments excessivement difficiles pendant son mandat. Il se remémore la démarche pour changer la police bleue (municipale) pour la police verte (régionale).

« Ç’a été un épisode excessivement difficile et émotif. Il a fallu recourir à des intervenants extérieurs et au Ministère. Finalement, il y a eu une solution imposée. Ç’a laissé beaucoup de séquelles dans les relations humaines. Je m’en souviendrai toujours », affirme le maire. Si cette période n’est pas un beau souvenir, il est convaincu que cela a été bénéfique. D’abord, il y a eu une économie de coûts. Ensuite, au lieu de négocier des salaires et de contrôler des protestations, la Ville qui siège sur le comité de gestion de la MRC et les services policiers peuvent maintenant discuter des vrais problèmes concernant la sécurité publique.

Des souhaits

Denis Lapointe encourage les prochains élus à écouter les citoyens et à faire beaucoup de sorties sur le terrain pour connaître la ville et ses diverses organisations. Et que pouvons-nous souhaiter au nouveau retraité ? Denis Lapointe espère la santé, de nombreux moments en famille, de bonnes lectures ainsi qu’un sommeil paisible et réparateur. Il chérit aussi plusieurs projets, dont celui de faire du bénévolat pour des organisations du milieu. Son sourire ne quittera donc pas le paysage campivallensien de sitôt.

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