Un modèle accroche sa plume

Nul n’est éternel. Et il fallait que ça arrive. Le grand Pierre Foglia s’est tu.

Pas tout à fait pourtant. Il mentionne dans sa dernière chronique, qu’elle ne sera pas sa dernière. Du grand Foglia.

L’illustre journaliste de La Presse a pris sa retraite. Mais il continuera à être là. À la goutte. À la pièce. Quand ça lui tentera. Et il en a bien le droit. Quant à moi, Pierre Foglia pourrait avoir tous les droits. Il ne se taira jamais. Il est là pour rester. Son exemple, son modèle, sa manière de faire resteront imprégnés pour plusieurs.

Pour moi en tout cas.

J’aime Pierre Foglia. Son style évidemment. Sa verve légendaire, son front de bœuf. J’aime ses chats, sa fiancée, je commence même à aimer le vélo. Non, faut pas pousser quand même. En fait, je ne veux pas imiter ce grand de la plume acerbe. Je veux m’en inspirer.

À une époque, celle où j’ai commencé à étudier en journalisme, je lisais déjà ses chroniques. J’ai continué à le lire au fil des ans. Réfléchissant, me cultivant, rigolant. Et pour rire, j’en ai ri un coup.

Souvent, aujourd’hui, assis à la table de la cuisine, l’épouse s’affairant derrière moi, les enfants poussant des cris étourdissants, le lave-vaisselle tonitruant, je suis en transe. Concentré. Imbibé. Puis, je m’esclaffe.

Qu’est-ce qu’il y a de drôle? C’est que papa lisait quelque chose. Le monsieur, il écrit bien, merveilleusement bien. Et la figure de style qu’il a utilisée m’a fait rire.

Puis il m’a fait pleurer. Souvent. Ces fois-là, je me cache un peu. J’écrase la larme au coin de l’œil et je ferme La Presse, attendant une autre merveille d’écriture dans quelques jours.

Cette fois, je pleure parce qu’il part. Elles se feront plus rares ces pièces exquises. Recherchées, allant au but. Chaque fois.

Je n’ai pas la plume de Foglia. Et je n’ai pas sa culture générale non plus. Il vient d’une autre époque. Je me fais battre à bras raccourcis à Trivia Crack. Je suis certain qu’il battrait tout le monde les yeux fermés. Sinon, il trouverait le moyen de dire que c’est un jeu qui ne veut pas dire grand-chose sur ta culture générale. Et il trouverait le moyen de le dire en me faisant rire.

Il en a lu des livres. Des milliers peut-être. Des centaines de plus que moi, que la plupart des bien-pensants. Et il ramène la couleur de ce qu’il a lu, dans chacune de ses proses.

Si je suis journaliste, c’est un peu à cause de lui. Quand j’écris mes éditoriaux, souvent je pense à lui. Je ne serai jamais Foglia, personne ne le sera. Mais j’aimerais bien que mes écrits inspirent quelqu’un autant que les siens ont inspiré de nombreuses personnes dans la profession.

Beau travail Monsieur Foglia. Vous resterez ici. Bien gravé, tel un modèle.

Bravo et j’ai bien hâte de lire votre prochain dernier texte. Je sais que ça me fera rire… aux larmes.

À propos de l'auteur

Yanick Michaud

Directeur de l'information

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