Éditorial – Tirer à boulets rouges

À quelques pas du Moulin Rouge, capitale de la culture, Ville lumière, à Paris, vendredi, le 13, on a tiré, à boulets rouges, sur la liberté.

Des barbares ont privé de vie des centaines de Parisiens qui s’étaient réunis pour un dernier verre avant de rentrer, pour un match de foot, pour entendre et voir leur groupe préféré, qui n’a rien de métal, malgré son nom.

Le métal, c’est vous, piètres guerriers du sang qui l’embrassé. Vous vous cachez derrière une culture, que vous dites religion, de fer et de sang. Pourquoi ne pas y aller de faire et de bon sens.

Faire la paix, créer le partage, parler d’amour. Ça a du sens.

On dit parfois que la réalité dépasse la fiction. Plus que jamais. Jadis, le vendredi 13, je frémissais devant Jason et Freddy. Plus jamais. Ils ne sont que larbins devant ces fous furieux qui sèment la mort, comme on sème un baiser sur les Champs-Élysées.

Mais est-ce qu’ils nous feront frémir? Est-ce que l’humain doit se recroqueviller et attendre le prochain coup de semonce du fou de son Dieu.

Levons-nous et ne tirons pas, comme eux, dans toutes les directions.

Réfugiés et guerre

Depuis vendredi, le 13, d’autres exégètes se lèvent en haut lieu pour décrier la venue d’immigrants, tous droits débarqués de Syrie.

Ne jouez donc pas aux terroristes qui tirent dans tous les sens, atteignant au passage des innocents. Des pères de famille, des frères, de jeunes filles, des grands-mères. Ne levez pas les boucliers avant d’être au fait de tout ce qu’il en est.

On mélange tout. Terroristes, tueurs sadiques, migrants, guerre, réfugiés, musulmans, Islam. Tous dans le même panier. Et il n’en est rien.

Je lisais sur les réseaux sociaux, un peu comme bien des gens l’ont fait cette fin de semaine, des réflexions, des coups de gueule, des messages de haine, d’amour, d’espoir. Je regardais ce message avec deux photos. L’une de membres du Ku Klux Klan. L’autre de tueurs sanguinaires de l’État Islamique. Ça disait : « Si le KKK ne représente pas la majorité des catholiques, l’ÉI ne représente pas la majorité des musulmans. » Et c’est vrai. Il ne faut pas tout mélanger, en faire une bombe que l’on noue autour de son torse et se faufiler parmi des gens qui ont besoin d’une main tendue et exploser les rumeurs.

Au contraire, il faut prendre le temps de réfléchir, d’avoir un peu de recul.

Lorsque les Allemands sous les ordres d’un autre illuminé ont disséminé une importante partie de la population juive lors de la Seconde Guerre mondiale, c’est parce que les frontières se sont levées. Nul pays ne voulait accueillir les juifs qui fuyaient la guerre, la peur, la mort. On les a repoussés, laissés à eux-mêmes. De la chair à canon.

Il ne faut pas ouvrir la porte à n’importe qui, mais il ne faut pas non plus se replier sur nous-mêmes et fermer les yeux en pensant que tout ira bien.

Ces familles qui meurent, ces enfants qui ont l’âge des miens et qui, quotidiennement, fuient les bombes, pieds nus, dans le gravier et les débris de leur maison explosée. Ils veulent fuir. Ils veulent vivre. Qu’ont-ils fait pour mériter qu’on leur indique une porte close? Le mérite-t-il? Prenons du recul et faisons du sens.

À propos de l'auteur

Yanick Michaud

Directeur de l'information

Vous aimerez également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *