La mémoire de la région en danger

Photo: Centre d’archives de Vaudreuil-Soulanges, Fonds d’archives Centenaire de Dorion, M01/B18-19 

« Les archives, ça semble souvent peu important pour bien des gens, mais c’est une trace tangible des événements et des gens qui ont construit une région. Les archives c’est la mémoire d’une région », lance Julie Bellefeuille, directrice générale du Centre d’archives de Vaudreuil-Soulanges lors d’un entretien concernant le cri d’alerte lancé par le Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec (RSAPAQ), le 5 octobre dernier.

Dans son communiqué, le RSAPAQ, qui représente 39 organismes, déplorait le manque de ressources disponibles pour conserver et rendre accessible les archives privées d’individus, de familles, d’organismes ou d’entreprises. « Dans la foulée des coupes budgétaires assénées par le gouvernement Couillard aux musées, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et autres organismes du milieu culturel, voilà que Québec s’en prend maintenant aux services d’archives privées agréés par BAnQ », pouvait-on y lire.

Julie Bellefeuille explique que depuis dix ans le réseau demande au ministre de la Culture et des Communications (MCCQ) de revoir la subvention. La demande est pourtant restée lettre morte. La directrice se demande, maintenant, si le changement de ministre, mercredi dernier, aura un impact sur le dossier.

Des changements en 2018

Le Centre d’archives de Vaudreuil-Soulanges pourrait voir sa subvention diminuer ou disparaître l’année prochaine. « En fait, afin de répondre aux conditions difficiles de l’austérité budgétaire, BAnQ s’est vue dans l’obligation d’apporter des modifications à ses politiques d’agrément des services d’archives, lesquelles, appliquées à partir de 2018, auront des répercussions malheureuses pour plusieurs centres régionaux d’archives », soulignait le communiqué du RSAPAQ, précisant que l’enveloppe globale pour le soutien aux services d’archives sera amputée de plus de 100 000 $.

 

Il y a environ cinq centres d’archives en Montérégie, mais le Centre d’archives de Vaudreuil-Soulanges est le seul dans l’ouest de la région. « On a certaines inquiétudes par rapport à une baisse de financement de notre centre. On est un organisme à but non lucratif. Il faut toujours aller chercher des subventions et un appui financier partout où l’on peut. La baisse de BAnQ va nous faire mal, c’est sûr et certain », précise Julie Bellefeuille, qui jusqu’à maintenant pouvait garder la tête hors de l’eau en tenant le budget de manière très serrée.

« Si l’on regarde à plus long terme, c’est l’histoire du Québec qu’on peut oublier si l’on n’y fait pas attention. » – Julie Bellefeuille

 

Fonctionnement et mission

Pour fonctionner, le centre situé à Vaudreuil-Dorion engage deux employés, dont la directrice générale. Le duo doit tout faire : gérer le centre, coordonner les employés contractuels, les stagiaires et les bénévoles, répondre aux demandes de recherches, tout en voyant à la mission principale, qui est d’acquérir, de traiter et de diffuser les archives de la région.

Quel serait l’impact de la fermeture du seul centre en Montérégie-Ouest? « Les archives s’en iraient dans un autre centre d’archives plus dans l’est ou directement à BAnQ de Montréal. Les archives seraient moins accessibles, se désole Julie Bellefeuille. Les gens qui nous donnent leurs archives nous font confiance pour qu’on les conserve dans la région et que ça soit accessible aux gens d’ici. »

Les citoyens de la région consultent, entre autres, les archives pour faire des recherches sur leur famille ou pour connaître l’histoire de la région. Des chercheurs et des étudiants utilisent aussi les archives pour des recherches professionnelles et scolaires. Des demandes proviennent même d’ailleurs au Québec, du Canada et des États-Unis.

La clé dans la porte ?

Bien que son centre doive refaire une nouvelle demande d’agrément et que seulement 25 services sur près d’une cinquantaine recevront une subvention de la BAnQ, Julie Bellefeuille ne veut pas être pessimiste tout de suite. Elle attend de voir la décision qui sera rendue d’ici le début de 2018. Reste que si le centre est amputé du tiers de son budget, il devra se démener pour trouver d’autres sources de financement ou supprimer un poste afin de rester ouvert, ce qui affecterait automatiquement la mission de l’organisme. En 2016, le Centre d’archives de Vaudreuil-Soulanges avait reçu 32 000 $.

« Nous estimons que le rôle de BAnQ est d’une importance cruciale. Quant au MCCQ, il a le devoir de protéger les institutions et les structures qui assurent l’acquisition et la conservation du patrimoine archivistique, sinon il compromet la protection, la diffusion et la mise en valeur des archives historiques de la nation, la mémoire du Québec », pouvait-on lire dans le communiqué.

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