Gare aux photographies

À l’âge de 17 ans, dans ma période « expérimenter des choses », je me suis intéressé au domaine de la photo. Ayant la chance d’avoir les installations requises dans mon cégep (prêts d’appareils, chambre noire, papier d’impression, etc.)  Les portes étaient ouvertes à découvrir une nouvelle passion.

Au coin de la rue où j’ai grandi, il y avait une vieille gare, datant de plus de 70 ans.

Délabrée. Abandonnée. Grafignée.

Par un bel après-midi d’octobre j’en ai fait le sujet d’une séance de clichés. Par plaisir et pour la beauté de l’édifice qui, avec ses cicatrices laissées par le temps, renfermait un charme indéniable.

Après plusieurs développements, ratés, je sors (enfin) une épreuve plus qu’acceptable. (Un tour de force, moins simple que celui d’utiliser un appareil de type Polaroïd).

En noir et blanc, elle donnait l’impression d’avoir été prise dans les années ‘60. Fier de mon coup, je l’encadre et l’offre à ma mère. Cette dernière a déjà, dans son bureau, plusieurs photos d’anciens édifices de mon village.

Elle regarde mon cadeau sans dire un mot. « Elle date de quelle année? », questionna-t-elle. « Par moi, la semaine dernière! » répondis-je. Un peu déçue, elle me l’a rendue, en me disant qu’étant donné que ce n’est pas une photo « historique », selon elle, le cliché n’a pas sa place aux côtés de ses autres encadrements…

Trois mois plus tard, ladite gare s’écroula sous les flammes d’un violent incendie. Depuis, la photographie de la fameuse station ferroviaire, orne un des murs du bureau de ma maman.

Gare aux photographies.

Une photo peut émouvoir. Une photo peut embellir. Une photo peut être puissante. Forte. Une photo peut libérer un peuple, une nation.

À propos de l'auteur

Etienne Dano

Chroniqueur

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