Tempête hivernale : les routes en otage

Photo Jean-Guy Poulin
Photo Rino Denis Doiron

Comme partout ailleurs, Vaudreuil-Soulanges n’a pas échappé à la tempête du 14 mars, qui nous a apporté une quarantaine de centimètres de neige et des problématiques routières.

De nombreux accidents se sont produits sur l’autoroute 20 dans l’après-midi du 14 mars à la hauteur de Saint-Zotique et Rivière-Beaudette. Au kilomètre 4.5, un carambolage impliquant 10 poids lourds et quelques véhicules de promenade. Cinq des semi-remorques et un véhicule ont été incendiés, alors qu’un des chauffeurs de poids lourds a péri dans l’accident. Au moment d’écrire ces lignes, son identité était toujours inconnue. Un 11e véhicule lourd, tentant d’éviter le carambolage, a effectué une sortie de route et s’est retrouvé dans le terre-plein.

Au kilomètre 7, deux autres véhicules lourds, dont un camion-citerne, ont été impliqués dans un autre accident. Le camion-citerne a perdu une partie de son chargement, s’apparentant à du chlore, ce qui a entraîné une opération de récupération. L’autoroute du Souvenir en direction est a été rouverte à 5 h 30 mercredi matin, le 15 mars, et en direction ouest, lieu du carambolage, la réouverture s’est déroulée dans la nuit de mercredi à jeudi.

Pompiers en alerte

Michel Pitre est directeur de la Régie Intermunicipale d’incendie du Lac Saint-François. Son équipe et lui étaient sur l’autoroute 20 à la hauteur de Saint-Zotique lors des multiples accidents. Appelés sur les lieux peu après 14 h pour une désincarcération, ils ont rapidement dû intervenir sur le lieu de l’accident majeur impliquant 10 poids lourds ainsi que sur celui du déversement.
« Quand on est arrivés sur les lieux, la victime était sortie de l’auto par elle-même. Tout était beau. On a fait un code 1022 pour signifier que l’intervention était terminée. Au même moment, plusieurs semi-remorques ont ralenti et ont commencé à se rentrer dedans et à faire un carambolage, juste un peu avant nous. C’est là que l’intervention a changé », raconte Michel Pitre, ajoutant que l’incendie a débuté peu après au milieu de ce « tapon-là ». Le matériel de désincarcération étant dans un camion auto-pompe citerne, l’équipe était prête à intervenir pour le feu.

Alors que les pompiers et Michel Pitre étaient bien occupés avec l’incendie des poids lourds, ils ont été informés d’un autre accident avec désincarcération au kilomètre 7 ou 7.5. C’est à ce moment que les services des autres municipalités, dont Rivière-Beaudette, Saint-Polycarpe, Saint-Télesphore, Les Cèdres, Coteau-du-Lac et Saint-Lazare ont commencé à être sollicités. Le travail des équipes a été facilité par le fait que rapidement le ministère du Transport a fermé la circulation sur l’autoroute dans les deux sens.
« On a demandé l’entraide des Cèdres pour qu’ils viennent nous aider sur la désincarcération. Entre temps, on a su qu’il y avait un déversement entre les deux gros capotages. Je me suis déplacé sur les trois interventions pour essayer de gérer les trois scènes », ajoute Michel Pitre, soulignant que le déversement était sous contrôle parce que la compagnie de camion-citerne avait déjà entamé leurs procédures et qu’il n’y avait pas de danger pour les citoyens.
Le service incendie de la Régie du Lac Saint-François est resté sur les lieux pendant 15 heures, entre autres, pour éteindre le feu alors que la tempête de neige majeure battait son plein. Les pompiers sont arrivés sur l’autoroute vers 14 h 15 mardi et sont rentrés à la caserne vers 6 h le lendemain matin.

« Cela fait près de 25 ans que je suis dans le service et c’est la première fois qu’il y a une grosse intervention comme ça. Ce qui a vraiment grossi l’intervention c’est le feu qui a pris. Il y avait une semi-remorque remplie de rouleaux de papier. C’est ça qui a été le plus pénible à éteindre », relate Michel Pitre, considérant cette expérience comme la plus grosse sur les autoroutes pour son service.

Les pompiers ont alterné entre repos à la caserne et travail sur l’autoroute pour passer à travers la nuit.
Les pompiers n’étaient pas près des automobilistes coincés. Ils n’ont donc pas été témoins du geste de solidarité du restaurant McDonald de Saint-Zotique, dont les employés ont apporté des muffins et de l’eau aux automobilistes pris en otage dans leur voiture sur l’autoroute 20, un geste que la municipalité de Saint-Zotique a souligné sur sa page Facebook après les événements.
« La seule affaire que je peux ajouter c’est félicitations à tous les services d’incendie qui ont participé à l’intervention. Les conditions n’étaient pas idéales pour qu’on travaille dehors, mais ça fait partie de notre métier. Je suis content de comment ç’a terminé malgré le décès », précise Michel Pitre.

Opération déneigement

Pour Sébastien (nom fictif pour garder l’anonymat), entrepreneur en déneigement, la semaine a été longue. Le propriétaire avoue ne pas avoir dormi de nuit complète depuis lundi. En effet, lui et son équipe ont mis les bouchées doubles pour déneiger la généreuse bordée de neige qui empêchait toute circulation. Étant donné les importantes accumulations qui sont tombées en un si court laps de temps, les opérations se sont avérées plus difficiles qu’à l’habitude. « Ça a pris huit heures de plus pour les trottoirs », explique-t-il.

Photothèque

Il ajoute qu’il doit prioriser les artères principales des municipalités et les bretelles des autoroutes, au détriment des petites rues des quartiers résidentiels. Et cela ne fait pas le bonheur de tous les citoyens, bien évidemment. Certains se sont plaints sur les réseaux sociaux de devoir pelleter leur rue. Sébastien rappelle qu’à Montréal, les résidents doivent attendre jusqu’à deux semaines pour voir leurs rues complètement déneigées.
La nuit, lorsque les citoyens dorment à poings fermés, l’équipe passe une, deux ou même trois fois. « Mais à la vitesse de tombée des précipitations, les gens se lèvent et ont l’impression que personne n’a déneigé », déplore Sébastien. Or, les opérateurs de déneigeuses n’ont pas chômé cette semaine. S’ils devaient pouvoir dormir huit heures par nuit, « la plupart vont dormir cinq heures et reviennent travailler, raconte l’entrepreneur. C’est sûr qu’on déborde quelque part. »

À propos de l'auteur

Myriam Delisle

Journaliste

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