Quitter dans une ambiance chaleureuse et en toute dignité

Monique Sasseville, infirmière, le Dr Andéea Iancu et le Dr Sylvie Dufresne valorise beaucoup le travail d’équipe. Photo Stéphane Fortier

Arriver au bout du chemin de la vie est inévitable et parfois, voire souvent, fort souffrant. Mais heureusement, le passage est beaucoup moins pénible avec des soins appropriés et ultra professionnels, beaucoup d’attention, de compréhension et de respect qui accompagne un départ empreint d’une grande dignité et de chaleur humaine.

C’est ce que réussit à faire le personnel de la Maison de soins palliatifs Vaudreuil-Soulanges et, chaque fois qu’une nouvelle personne se trouvant dans l’antichambre du paradis y arrive, elle est accueillie avec beaucoup de chaleur, une chaleur qui durera tout le temps du passage de la personne.

Ouverte depuis sept ans, la Maison de soins palliatifs Vaudreuil-Soulanges accueille une douzaine de personnes à la fois. La majorité, soit 85 %, est atteinte de cancer et 15 % des autres sont considérées incurables.

Critères d’admissibilité

Pour être admise, outre le fait d’être une personne résidente dans Vaudreuil-Soulanges et être hospitalisée à l’hôpital régional du Suroît ou de l’hôpital de Hawksbury,  ou encore transférée de la liste d’attente de la Résidence de soins palliatifs de l’Ouest-de-l’Île, la personne doit, donc, être atteinte d’une maladie incurable, évolutive et en phase terminale, ayant un pronostic de moins de trois mois. Elle doit être informée que tous les traitements disponibles en vue de guérir ou de modifier le cours de la maladie ne sont plus envisagés et finalement, elle accepte et choisit librement d’être admise à la Maison de soins palliatifs et a signé un consentement éclairé (ou son représentant légal ou désigné, si, en raison de la maladie, la personne n’est pas en mesure de consentir ou de signer).

Mais ce n’est pas seulement dès qu’une personne est admise que l’on commence à en prendre soin. « Même durant le processus précédant l’arrivée de la personne, il se fait beaucoup d’échanges, de dialogues entre nous, la personne et les membres de sa famille ou son entourage, nous dit Monique Sasseville, infirmière clinicienne et conseillère clinique à la Maison. Nous faisons évidemment le lien constamment avec l’équipe médicale qui s’occupe du patient.»

« On parle d’un gros travail d’équipe », lance le Dr Sylvie Dufresne qui fait partie de l’équipe médicale de la Maison. Elle précise qu’elle prodigue également des soins palliatifs à domicile en plus dela Maison parce que cette dernière demeure une option parmi d’autres pour se préparer au départ. « Elle devient une option sérieuse lorsque les gens qui s’enoccupent, les aidants naturels, par exemple, ne sont plus en mesure de le faire à domicile », justifie le Dr Dufresne.

Il faut bien le dire, Vaudreuil-Soulanges détient le meilleur taux de décès à domicile avec 29 % (13 % au Québec). « C’est le patient qui décide où il veut vivre ses derniers moments. Certaines personnes, un conjoint ou une conjointe, préfèrent ne pas mourir à domicile parce qu’ils sentent qu’ils représentent un poids pour la famille », mentionne Monique Sasseville qui ajoute que fréquemment, la Maison accueille des personnes n’ayant pas de réseau et vive beaucoup de solitude comme si la maladie n’était passuffisante.

Rôle des intervenants

Le rôle des intervenants est principalement d’aider les personnes à faire la difficile prise de conscience de la fin prochaine de sa vie en lui permettant de verbaliser et exprimer librement les sentiments et les émotions soulevés par cette dure réflexion. Il faut, bien sûr, établir un lien de confiance et parfois, très rapidement. « Nous accueillons les émotions des gens, positives ou négatives et leur faisons voir les belles choses », indique Monique Sasseville.

Dès l’arrivée de la personne, c’est presque le déroulement du tapis rouge. « Il y a toujours une ou deux infirmières pour les accueillir et les accompagner jusqu’à leur chambre. C’est essentiel qu’ils se sentent chez eux dès le départ incluant les membres de la famille, car nous soutenons également les membres de la famille et l’entourage dans cette épreuve », précise Monique Sasseville.  « Nous les accueillons comme des humains de personnes à part entière, pas comme des malades », insiste le Dr Dufresne. Le départ est aussi solennel.

« Cela fait une différence. Ils voient immédiatement que c’est un lieu où l’on célèbre la vie, poursuit le Dr Dufresne. Les personnes accueillies sont inquiètes, ils sont dans l’inconnu. Ils se font une idée de la Maison comme d’un mouroir. Quand ils constatent qu’il y réside une chaleur, une approche très très humaine  ici, les inquiétudes font place à un sentiment de paix et de sécurité », assure-t-elle.   Le Dr Dufresne ajoute qu’une approche professionnelle ne veut pas dire qu’il ne se glisse des mots et des gestes de tendresse.

Cette dernière tient à préciser que des gens se font aussi des idées fausses les soins palliatifs. « On s’adapte, on soulage, on les accompagne. On n’accélère surtout pas le processus. Les soins palliatifs ont beaucoup évolué. Il faut les soulager tout en les gardant dans un état d’éveil afin qu’il continue à profiter de la vie », dit-elle tout en rappelant que la souffrance n’est pas que physique.

« Nous ne sommes pas là pour les juger. Nous les prenons comme ils sont, peu importe leurs croyances, leurs opinions. Nous sommes tous là pour le bien-être des patients et nous leur faisons sentir que chacun est unique », raconte Monique Sasseville.

La preuve? Depuis le début, pas moins de 1150 patients sont passés par la Maison et… « Nous avons accueilli 1150 personnes, c’est 1150 histoires différentes », soutient l’infirmière.

Bénévoles indispensables

Sans l’apport des bénévoles, le travail de l’équipe médicale serait beaucoup plus ardu. « Les bénévoles sont très importants. Il y en a toujours un ou deux qui sont dédiés aux soins. Ils reçoivent une formation adaptée aux soins à prodiguer et contribuent à rehausser la qualité de ces soins », énonce Monique Sasseville.

S’ils apportent du bien aux personnes qui sont accueillies, tous, personnel médical comme les bénévoles, sortent grandis de leur expérience. « Cela nous rend encore plus humains, plus compréhensifs et fait que nous sommes moins portés à juger », exprime-t-elle.

« Actuellement, nous avons 23 bénévoles aux soins, en date du 20 juin 2017. Normalement, nous en aurions besoin de 28 différents chaque semaine pour combler tous les quarts. Pour le moment, plusieurs des 23 bénévoles font plusieurs quarts de travail pour combler le manque », fait remarquer Jasmine Sharma, directrice, communications et développement philanthropique à la Fondation de la Maison des soins palliatifs.

« La présence du cœur est plus significative et thérapeutique pour les personnes concernées qu’un flot de paroles faussement rassurantes », de conclure Monique Sasseville.  —

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