L’ordre d’évacuation a été décrété à Pointe-Fortune

L’eau depuis quelques jours, n’a pas cessé de monter sur le chemin de Outaouais à Pointe-Fortune. Photo Stéphane Fortier

Le 7 mai, c’était déjà l’état d’urgence à Pointe-Fortune et dès le lendemain, on en était déjà rendu à l’ordre d’évacuation.

Les résidents n’ayant pas encore quitté leur demeure étaient donc dans l’obligation de le faire, même s’il en reste très peu. « Il y a actuellement de 50 à 75 maisons touchées à divers degrés, principalement situées sur le chemin des Outaouais,  et près d’une vingtaine de maisons, dans les endroits ciblées, ont été évacuées jusqu’à présent », nous dit Claude Giguère, du Service des incendies de Lachute qui est venu prêter main-forte à la Municipalité comme coordonnateur des opérations. Selon lui, il restait peut-être une ou deux personnes à évacuer et, en date de dimanche, de 16 à 18 maisons avaient été évacuées.

« La situation est devenue trop dangereuse, indique François Bélanger, maire de Pointe-Fortune. L’eau n’arrête pas de monter et quand je vois ce qui se passe à Gatineau présentement, cela veut dire que l’on peut s’attendre à encore recevoir beaucoup d’eau. Quant à l’ordre d’évacuation? « C’est une décision difficile d’évacuer 34 citoyens dans 19 résidences.  Beaucoup sont partis volontairement. Certains se sont dirigés vers Rigaud au refuge, d’autres se sont allés chez des membres de leur famille ou chez des amis », de répondre le maire.

Ce dernier est préoccupé par la stabilité des sols en bordure de la rivière des Outaouais qui sont composés en grande partie  d’argile. Le courant, l’eau les tourbillons, la vibration et la rétention des sols forment un ensemble de facteurs qui favorisent l’érosion des sols, selon lui.

« Cette année, nous avons eu une première montée d’eau et elle a reculé, mais la pluie de la dernière a empiré les choses. Nous espérons que mercredi, les choses commenceront à se stabiliser », souhaite François Bélanger.

Pas une première

François Bélanger est étonné de l’ampleur de l’inondation, et il se rappelle qu’en 1976, l’eau avait monté assez haut. Tellement haut qu’elle avait, comme c’est le cas cette année, envahi une partie de la rue. « Il y avait des chaloupes dans la rue », se souvient-il.

Régulièrement, des grands cœurs viennent porter des sacs de sable afin que les sinistrés puissent, tant bien que mal, protéger leurs propriétés. Ce qui a semblé bien plaire à la représentante de la circonscription de Soulanges à l’Assemblée nationale.   « Les gens sont très courageux, très résilients et très solidaires, lance la ministre et députée de Soulanges, Lucie Charlebois, qui était sur place lundi matin. Je tiens à dire que plusieurs services sont offerts et il ne faut pas hésiter à y faire appel », de dire Lucie Charlebois qui demeure sur le terrain de façon constante depuis quelques jours. « Dimanche, j’étais à Terrasse-Vaudreuil et à Hudson avec Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil »,  révèle-t-elle. Cette dernière prie les curieux de s’abstenir de se présenter dans les zones sinistrées par respect par ceux qui vivent des moments éprouvants.

Des pompiers de Coteaux-du-Lac, Sainte-Marthe, Sainte-Justine-de-Newton et Rigaud sont venus prêter main-forte au Pointe-Fortunais. « Les Forces armées sont venues inspecter et faire une évaluation de la situation, mais ne sont pas intervenues jusqu’à présent. « Si nous en avons besoin de leurs services, nous en aviserons le responsable de la Sécurité publique », explique Claude Giguère.

Témoignages

Des citoyens touchés par les inondations ont bien voulu témoigner au sujet de l’ampleur du sinistre. « Nous avons commencé à mettre des sacs de sable, il y a une semaine. Notre terrain est entièrement inondé, il y a déjà 175 pieds du terrain inondé, nous dit Jocelyne Robert. Notre chalet et notre garage ont été vidés et nous en sommes maintenant rendus au sous-sol. Nous avons réussi à sauver plein de choses jusqu’à présent et heureusement, on a beaucoup d’amis qui viennent nous aider à transporter des biens. Ce qu’on perdra, on le perdra, c’est tout. Nos vies sont plus importantes », mentionne cette résidente qui demeure à Pointe-Fortune depuis 40 ans.

Cette dernière n’a jamais vu ce genre de situation à Pointe-Fortune et ne pensait jamais que cela se produirait, comme un autre résident, Ken Flack, qui se doute bien que le débit est susceptible d’encore augmenter. « On nous a dit que cela pourrait monter d’encore quatre pieds supplémentaires, de dire ce citoyen un peu découragé. Ce qui cette passe ici, c’est complètement hors proportion. » Comme plusieurs autres résidents, Ken Flack croit que les maisons de Pointe-Fortune sont sacrifiées pour les régions situées en aval. Normalement, il s’écoule 8 400 mètres cubes par seconde. Maintenant on parle de 9 500 mètres cubes et si cela monte de quatre pieds, on passera à 15 000 ou 16 000 mètres cubes », déplore-t-il.

Sarah-Jeanne Labelle, résidente du chemin des Outaouais raconte que dès la première inondation, c’était plus haut que la normale et, avec la pluie, l’eau a continué de monter. « Cela fait déjà quelques jours que l’eau a envahi la rue. On essaie de sauver ce qu’on peut, mais heureusement, nous avons eu beaucoup de propositions pour de l’aide », dit-elle.

L’ouverture des portes du barrage de Carillon a eu l’heur de déplaire à plusieurs résidents submergés. « On sacrifie Pointe-Fortune pour sauver Montréal », déplore Gérald Gauthier, un résident dont la propriété est inondée. Ce dernier révèle que ce n’est pas tant le niveau de l’eau qui se veut le problème, mais les vagues qui viennent submerger les terrains.

Rue fermée

Finalement, il convient de rappeler que le ministère des Transports a annoncé la fermeture complète et immédiate du chemin des Outaouais et de la montée Olivier-Gimond, à Pointe-Fortune, et ce, pour une durée indéterminée. Les usagers doivent faire le détour par la rue Masson, la rue Tisseur, la montée Provinciale et la Grande Montée. De la signalisation à cet effet sera installée.

Cette décision a été prise de manière préventive dans un objectif de sécurisation des lieux, en raison des inondations du secteur.

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