L’itinérance plus présente que l’on pense

L’Aiguillage, offre, en plus de compter sur des travailleurs de rue, offre un service d’hébergement d’urgence gratuitement aux personnes vivant une situation d’itinérance, a accueilli pas moins de 201 personnes en 2016.

Bruno Baril, intervenant en stabilité résidentielle avec la chienne Bagherra. Photo Stéphane Fortier

Des personnes en situation d’itinérance, on ne voit pas cela qu’à Montréal. Chaque jour, ou presque, il y a un roulement régulier et une douzaine de personnes sont hébergées à L’Aiguillage, de façon temporaire (jusqu’à 15 jours en général). D’autres ne restent que 48 heures. « Nous disposons de 8 chambres et 18 lits au total. Nous avons même un chambre pour les gens en situation d’itinérance qui ont un chien », mentionne John Gladu, directeur général de L’Aiguillage.

Si les itinérants passent, le plus souvent du temps, une quinzaine de jours, à l’organisme, ils peuvent toutefois, selon la situation, prolonger leur séjour à 30 jours. « Il faut parfois entreprendre tout un processus de réinsertion dans la société. Nous avons aidé une dame qui était en situation d’itinérance depuis 15 ans. Non seulement, elle n’avait pas de domicile fixe, mais n’avait pas d’identification (numéro d’assurance sociale, certificat de naissance) », raconte John Gladu.

L’Aiguillage accueille des gens de tous âges à partir de 18 ans. Il peut arriver qu’il y ait des jeunes de 12 à 17 ans, quand ils leur sont référés. « C’est à partir de 18 ans, mais nous avions déjà accueilli une dame de 72 ans et un homme de 80 ans », révèle le directeur.

La plupart viennent de leur plein gré, mais il arrive que certains soient référés par des policiers.« On doit toutefois leur demander s’ils veulent de nos services. Ils sont libres de refuser », précise celui qui est en poste depuis trois ans.

Il va de soi que l’hiver, les personnes sans-abris qui demandent asile à L’Aiguillage sont plus nombreux, mais quand il fait plus chaud ? « Ils se tiennent dans les boisés ou d’autres « couch surfing ». Quand je suis arrivé, il y avait régulièrement des personnes qui venaient de la région, de notre territoire. Depuis que nous offrons des services 24 heures sur 24, 7 jours par semaines, ils proviennent d’un peu partout, dont beaucoup de Salaberry-de-Valleyfield », déclare John Gladu.

La restructuration des CLSC, des CSSS, des coupures de services, voire une désinstitutionnalisation, explique en grande partie l’augmentation de l’itinérance dans la région.

Tolérance élevée et approche clinique

L’Aiguillage est le seul organisme qui héberge des sans-abris dans la région avec une tolérance élevée. « La personne peut arriver intoxiquée et cela arrive sur une base régulière. Mais nous sommes en contact avec des centres de crises et les hôpitaux, notamment, pour les référer », explique John Gladu.

Ce dernier est très fier de dire que L’Aiguillage a une approche clinique. «Quand ils arrivent, nous ne nous contentons pas de leur offrir un lit, nous les accompagnons du début à la fin, jusqu’à ce qu’ils quittent. Et s’ils se trouvent un logement, il faut s’assurer qu’ils restent en logement », nous dit John Gladu.

D’où viennent les itinérants ? « Beaucoup viennent de Montréal passent et se dirigent vers l’Ontario. Pour d’autres, c’est le contraire, ils se dirigent vers Montréal, mais nous essayons d’éviter qu’ils s’y rendent. Ce n’est pas une très bonne idée. C’est très dur pour les sans-abris là-bas », affirme John Gladu qui ajoute qu’il y a beaucoup de municipalités défavorisées sur le territoire.

Et la chienne Bagherra, laquelle provient d’un refuge, accomplit des tâches de zoothérapeute et se veut des plus efficaces. « Elle est très sensible aux émotions des gens et elle a un effet calmant, thérapeutique sur les personnes qui sont hébergées », dira le directeur général à son sujet.

Démystifier l’itinérance

La plupart de gens ont des idées préconçues sur les itinérants. Il est vrai que plusieurs ont des problèmes de dépendances à l’alcool et aux drogues ou doivent composer avec un problème de santé mentale ou une déficience intellectuelle. « Mais ce ne sont pas tous des gens qui sont habillés de loques et ont des problèmes de santé mentale, des toxicomanes ou des alcooliques. On en voit qui étaient cadres dans des grandes entreprises, des directeurs de banques qui ont eu à faire face à des problèmes personnels ou financiers. Des gens avaient une bonne situation, et ont perdu leur emploi, ont tout perdu ce qu’ils avaient dans la vie », fait remarquer John Gladu.

Heureusement, ce dernier n’est pas seul. Il est notamment accompagné de Nathalie et Bruno. Celui-ci, en particulier, intervenant en stabilité résidentielle, fait également de l’accompagnement. Les gens qui ne désirent plus être en situation d’itinérance peuvent compter sur le soutien de Bruno qui va les accompagner dans leur démarche de se trouver un appartement. « Pour ceux qui veulent s’en sortir, je les aide à se trouver une chambre, un appartement. Au fil de mon expérience, je me suis fait beaucoup de contacts auprès des propriétaires, explique Bruno Baril. Évidemment, ils (les propriétaires) veulent savoir si les personnes vont être capables de payer, sont-ils propres, ont-ils des problèmes de consommations pouvant entraîner d’autres problèmes ? Dans certaines situations, c’est facile, pour d’autres ce l’est moins. Il faut toujours y aller cas par cas », exprime Bruno Baril.

L’Aiguillage, c’est aussi du travail de rue dont il sera question dans un futur article.

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