Il n’est jamais trop tard pour apprendre

Nathalie Pomerleau (à gauche), enseigne à Chantal les rudiments de l’alphabet et de la lecture.

Passer toute une vie d’adulte sans être incapable de lire ni écrire n’est pas facile à vivre au quotidien et après avoir passé toute une vie dans la gêne, vient le temps de la remplacer par le courage.

C’est le cas de Chantal (prénom fictif puisqu’elle préfère garder l’anonymat) qui a, un jour, décidé de se prendre en mains et de ne plus rester dans son coin avec des regrets en guise de compagnons à vie.

Un quotidien difficile

Se sentir mal à l’aide à cause de son analphabétisme lui est arrivé plus souvent qu’à son tour. « Le jour où tes enfants ont besoin d’aide pour leurs devoirs de l’école, dans le cheminement scolaire en général, comment tu fais pour leur dire que tu ne sais ni lire ni écrire. Cela a été très difficile pour moi de tout leur cacher. Je ne leur ai d’ailleurs jamais dit », avoue-t-elle en rappelant tout le poids qu’elle a porté durant toutes ces années.

Pour faire sa liste d’épicerie, elle n’écrivait évidemment pas ce dont elle avait besoin. « Je prenais une feuille de papier et je dessinais ce que je devais acheter. Si j’avais besoin de pain, je dessinais un pain », de raconter Chantal.

Cette dernière est toutefois parvenue à apprendre plein de choses et, sans qu’elle sache lire, a appris beaucoup de chose sur les médicaments et la santé en général. « J’écoutais beaucoup la télévision, mais pas des émissions de variété, des documentaires, des émissions d’informations. Cela m’aidait à apprendre, à comprendre. Si on parlait de telle ou telle maladie, cela pouvait me servir à en connaître les traitements », révèle Chantal.

Reprendre courage

Dès l’instant où ses enfants furent autonomes, Chantal  a commencé à penser beaucoup plus à elle. « Je me suis dit que c’était le temps de penser plus à moi à ce moment, mais faire quoi quand on ne sait ni lire ni écrire. « Apprendre a toujours été un rêve pour moi et je ne voulais plus avoir besoin de béquille. Je voulais être comme tout le monde.  Un jour, on m’a parlé d’une dame qui était retournée à l’école. J’ai alors réalisé qu’il y avait de la place pour aider les gens ayant peu de scolarité et c’est là qu’on m’a parlé de COMQUAT », nous dit Chantal.

Chantal admet avoir tout de même fort hésité avant de plonger. La gêne l’habitait, voire l’envahissait littéralement. C’est qu’elle avait gardé le secret tellement longtemps.  « La dame qui était retournée à l’école m’a dit qu’il y avait tous les niveaux d’apprentissage, même pour ceux qui recommençaient à zéro. Tout le monde était accepté et on tenait compte de leurs besoins particuliers », explique Chantal.

Depuis deux ans, Chantal suit des cours à l’organisme COMQUAT (Communication  Quatre Phases) à L’Île-Perrot à raison de cinq heures par semaine en moyenne. « C’est à peine si je savais écrire mon nom. Je n’ai jamais été à l’école ou alors très sporadiquement. Ma mère était malade et j’ai dû aider à la maison et prendre soin d’elle durant mon enfance et mon adolescence », tenait à justifier Chantal.

« Mon vocabulaire avait aussi besoin d’être enrichi, mais je voulais d’abord connaître mon alphabet et c’est ce que j’ai fait au cours de la première année, mettre les lettres ensemble pour faire des mots. Le jour où j’ai commencé à former des mots, j’en ai fait mes amis parce que je voulais que ces mots deviennent des amis pour moi. Je me suis d’abord créé une amie en écrivant Marie, puis Jean et Angela. Je me suis peu à peu créé un cercle d’amis », raconte Chantal en expliquant sa démarche d’apprentissage. Maintenant, elle peut écrire des phrases et exprimer ce qu’elle vit dans son quotidien, ce qu’elle ressent. Et tout récemment, elle vient de terminer de lire son premier livre d’une quarantaine de pages.

Chantal trouve dommage que des jeunes abandonnent l’école. Pour elle, c’est la pire chose qu’ils peuvent faire. « Le plus beau cadeau qu’on peut se faire, ce sont les études. Et je veux lancer un message à ceux qui sont dans une situation semblable à la mienne. Je leur dis de foncer, de prendre le temps d’apprendre des choses et de rattraper le temps perdu. Il ne faut pas se mettre de limites, se dresser de barrières et ensuite avoir des regrets. Aujourd’hui, je suis bien dans ma peau et je pourrai dire, avant de mourir, que j’ai appris à lire et à écrire. C’est une grande fierté pour moi », de conclure Chantal.

Chantal tient à dire à tous les gens qui lisent ce texte, que s’ils connaissent une personne qui ne sait ni lire ni écrire ou qui éprouvent de la difficulté, de leur parler d’elle et de COMQUAT.

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