Entre quat’z-yeux… avec P.G.-L.

Paul Gérin-Lajoie se souvient

Paul Gérin-Lajoie, 2014.  © Guillaume de Chantal
Paul Gérin-Lajoie, 2014.
© Guillaume de Chantal

Dans un cabinet de verre au salon, Paul Gérin-Lajoie conserve une impressionnante collection de hiboux. « Ce sont surtout des cadeaux, ou des souvenirs de voyage… Il y en a de toutes sortes », explique-t-il. Quel symbole pourrait mieux représenter un homme dont la sagesse aura marqué non seulement l’histoire de Vaudreuil-Soulanges, mais celle de la province tout entière?

« En 1957, mon épouse et moi avons acheté notre maison de Dorion et nous sommes établis dans le comté qui allait devenir mon unique chez-moi », confie Paul Gérin-Lajoie.

Lorsqu’il évoque les quelque 20 années passées dans la maison familiale au coin de l’avenue Vaudreuil et de la rue Adèle, Paul Gérin-Lajoie a une étincelle dans le regard. Ses souvenirs sont vifs et émus. « La région de Vaudreuil-Soulanges fait partie de mon histoire personnelle, et j’y suis profondément attaché », souligne-t-il.

Cet attachement à la région remonte à sa tendre enfance. En effet, il se rappelle ces étés passés à Belle-Plage, devenue aujourd’hui Vaudreuil-sur-le-Lac, en compagnie de sa famille. Ce n’est toutefois qu’après son entrée en politique active qu’il redécouvrira la région dans une tout autre perspective.

En 1957, le député unioniste Joseph-Édouard Jeannotte décède en fonction. En vue des élections partielles, Paul Gérin-Lajoie se rend dans le comté à titre de candidat du Parti libéral, lui qui militait déjà au sein de cette organisation politique. Au fil des semaines et des mois, il tisse des liens dans la communauté et découvre la vie rurale du comté. Aux élections partielles de septembre, Paul Gérin-Lajoie est finalement défait par le candidat de l’Union Nationale Loyola Schmidt, dont le nom demeure, lui aussi, gravé dans l’histoire régionale.

Toutefois, Paul Gérin-Lajoie n’a pas dit son dernier mot. Inspiré par le potentiel de Vaudreuil-Soulanges, et motivé par sa foi en la politique, le candidat libéral redouble d’ardeur. Il trouve le moyen de faire connaître à la fois le message du Parti libéral et son propre message aux citoyens de Vaudreuil-Soulanges : il fonde le journal L’Écho.

Journal L'Écho, 1960.
Journal L’Écho, 1960.

Établir une tradition journalistique

Pour le jeune libéral, le journal L’Écho deviendra la voix du parti dans la région, mais également un organe consacré aux intérêts régionaux et à la vie culturelle et communautaire des citoyens.

Dans la toute première parution de L’Écho, le 16 août 1957, Paul Gérin-Lajoie signe un éditorial intitulé « Pourquoi je suis entré en politique ». D’entrée de jeu, il expose les motifs qui ont motivé son saut en politique active. Il écrit :

« La politique a besoin d’un nettoyage, d’un assainissement. Elle a aussi besoin d’une pensée et d’un dynamisme nouveau. Aucun homme ne peut accomplir pareille tâche tout seul. Mais il en faut un ou quelques-uns qui fasse le premier pas. Qui consente à se placer sur la première ligne de feu et à donner le signal de l’action. Voilà pourquoi je suis entré en politique. J’ai librement choisi de faire ma part. J’ai la conviction profonde de servir. »

Pendant plusieurs années, Paul Gérin-Lajoie signera la chronique Entre quat’z-yeux… avec P.G.-L., dans laquelle il commente l’actualité régionale, mais également les grands dossiers provinciaux. Il souhaite ainsi ouvrir les horizons de la population locale sur une réalité plus globale. Ces années de journalisme sont demeurées gravées dans sa mémoire. « J’en garde un souvenir très ému, je dois dire… », confie-t-il.

Entête de la chronique de Paul Gérin-Lajoie dans le journal L'Écho.
Entête de la chronique de Paul Gérin-Lajoie dans le journal L’Écho.

Vers une victoire libérale

De 1957 à 1960, Paul Gérin-Lajoie sillonne le territoire et se mêle à la culture locale. À une époque où la télévision n’était pas très répandue, le message des politiciens était principalement transmis par la parole, lors d’assemblées. Le candidat multiplie donc les discours dans les 33 municipalités qui constituaient à l’époque la région de Vaudreuil-Soulanges. La population trouve alors le surnom qui suivra le candidat durant des années : l’ami Paul.

Lors de la campagne de 1960, les journaux seront tapissés de références à l’ami Paul, qui amorce un second duel politique contre l’unioniste Loyola Schmidt.

Après une campagne acerbe marquée par une lutte cinglante dans les journaux, tout semble pointer vers une victoire libérale. Lors de la soirée électorale, Paul Gérin-Lajoie se trouve au bureau du comité libéral. Soudain, le résultat est annoncé officiellement : Paul Gérin-Lajoie est élu. « C’est évidemment un moment chargé d’une très grande émotion. Il y a eu à ce moment un délire d’applaudissements et d’expressions de joie », se rappelle-t-il.

Quelques heures plus tard, le député se rend au pavillon Wilson de Coteau-du-Lac pour son discours d’acceptation et de remerciement. Dans ce discours historique, Paul Gérin-Lajoie établit les bases de sa vision de la politique en la qualifiant d’œuvre de fraternité entre les hommes. Quelque 50 ans plus tard, l’homme politique est toujours convaincu de la pertinence de cette vision. « Aujourd’hui, on dit sur tous les toits que le député est le porte-parole des aspirations de son comté. Cela demeure vrai, mais ce n’est qu’une partie du rôle du député à mon avis. Il a aussi un rôle d’éducation et de communication pour convaincre la population de ses idées. En ce sens, le rôle du député, c’est un peu le rôle d’un apôtre », souligne-t-il.

Les grands projets

La carrière politique de Paul Gérin-Lajoie a entre autres été marquée par la création, en 1964, du ministère de l’Éducation, dont il occupera le premier poste de ministre. Tout au long de sa vie, Paul Gérin-Lajoie a eu à cœur la jeunesse et l’éducation. « Je suis entré en politique justement dans le but de contribuer à l’évolution de l’éducation », précise-t-il.

Fidèle à ses valeurs, il poursuivra une œuvre d’envergure qui marquera pendant des générations le paysage de la région : la Cité des jeunes.

Dès 1960, l’idée d’une école secondaire régionale centralisée naît dans la tête du dynamique personnage. Dans un discours daté du 7 août 1960, il établit les paramètres de sa vision : « Je tiens à parler d’un projet que j’ai l’intention de voir mener à bonne fin […] Ce que j’appelle, faute d’expression pour le moment, la cité des jeunes… »

L’homme politique précise qu’à l’époque, l’idée d’un tel « campus » n’allait pas de soi. Il a dû effectuer un important travail de sensibilisation et d’éducation pour vendre l’idée aux différents milieux vaudreuil-soulangeois. Avec le recul, Paul Gérin-Lajoie ressent une grande fierté d’avoir donné vie à ce projet : « J’en suis très fier. Je suis très heureux des développements sur le campus, ainsi que de la variété des enseignements et des activités qui s’y tiennent. »

L’héritage

Paul Gérin-Lajoie a été réélu en 1962 et en 1966, avec une importante avance sur ses adversaires. Durant cette décennie, la population s’est entichée de son candidat, exprimant une confiance sans bornes en son jugement et en sa bonne foi. Durant ses mandats, il a été présent partout sur le territoire, cherchant le concours de chacune des localités de Vaudreuil-Soulanges dans le succès collectif de la région. Sous son égide, de nombreux projets ont vu le jour. Paul Gérin-Lajoie a esquissé ce qui allait devenir le Vaudreuil-Soulanges de demain.

Paul Gérin-Lajoie annonce son départ de la politique, 1969, Journal L'Écho.
Paul Gérin-Lajoie annonce son départ de la politique, 1969, Journal L’Écho.

En juin 1969, dans la salle de l’Institut de technologie de la Cité-des-Jeunes, Paul Gérin-Lajoie annonce son retrait de la vie politique. Dans son discours, il explique vouloir se concentrer sur d’autres champs d’action qui lui permettront un rôle plus actif et utile. Il déclare alors : « Au cours des années pendant lesquelles j’ai assumé la fonction de député, j’ai le sentiment d’avoir donné le meilleur de moi-même. […] Je cesserai d’être le député de Vaudreuil-Soulanges, mais je crois que j’y resterai l’ami Paul. »

À voir la joie qui anime l’ancien député lorsqu’il partage ses souvenirs sur cette époque de sa vie, il appert qu’il ne cessera jamais d’être un personnage phare dans une région dont il a fortement marqué l’histoire et l’identité.

À propos de l'auteur

Stéphanie Lacroix

Journaliste

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